Un ordre du jour sous influence
À quelques heures de l'ouverture du sommet des chefs d'État et de gouvernement du G7 à Evian, des organisations non gouvernementales accusent les organisateurs d'avoir volontairement écarté plusieurs sujets controversés afin de ne pas heurter la sensibilité de l'administration Trump. Selon des documents internes et des témoignages de participants aux réunions préparatoires, les thèmes du changement climatique, des droits des migrants et de la régulation des géants du numérique auraient été délibérément relégués au second plan, voire exclus des discussions officielles.
Des sources proches de la délégation américaine indiquent que Washington aurait exigé que le projet d'accord final ne comporte aucune mention contraignante sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou sur l'accueil des réfugiés. La France, qui préside le groupe cette année, se serait pliée à ces demandes pour éviter un blocage de dernière minute similaire à celui observé lors du sommet de Biarritz en 2019.
Des sites choisis sous le spectre du terrorisme et des manifestations
Parallèlement, la sélection des lieux où se déroulera le sommet a été entachée de vives polémiques. Des documents préparatoires de la préfecture de Haute-Savoie, révélés par plusieurs sources, montrent que les autorités ont retenu des sites jugés plus facilement « sécurisables » au détriment d'espaces initialement prévus pour accueillir des forums citoyens et des débats publics. Les références à « l'ombre de Ben Laden » et à la menace de « Black blocs » apparaissent dans les notes des réunions de sécurité, justifiant le choix de lieux isolés et facilement bouclables.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent une « forteresse » anti-démocratique, estimant que ces mesures restreignent la liberté de manifester et d'échanger. Plusieurs collectifs appellent à un rassemblement ce week-end à Genève, à une trentaine de kilomètres du sommet, pour protester contre ce qu'ils considèrent comme un « G7 verrouillé ».
Un dispositif de sécurité sans précédent
Le gouvernement français a déployé un impressionnant dispositif sécuritaire autour du lac Léman. Quelque 9 000 policiers et gendarmes, appuyés par des unités d'élite, sont mobilisés. Des drones, des hélicoptères et des patrouilles nautiques quadrillent la zone. L'accès à Evian est strictement réglementé depuis mercredi, et les habitants doivent présenter un laissez-passer pour entrer ou sortir de la ville.
Le ministre de l'Intérieur a justifié ce déploiement par le niveau de menace terroriste, toujours élevé en Europe, et par les risques de débordements liés à des groupes d'ultra-gauche. Il a également évoqué la nécessité de protéger les dirigeants des sept pays les plus industrialisés, dont la venue mobilise des moyens logistiques considérables.
Des ONG ripostent
En marge du sommet, plusieurs ONG ont installé un « contre-sommet » à Annemasse, de l'autre côté de la frontière suisse. Elles y organisent des conférences et des ateliers sur les thèmes qu'elles estiment exclus des discussions officielles, comme la justice climatique ou la réforme des institutions financières internationales. Le porte-parole d'une coalition d'organisations environnementales a déclaré : « Nous ne laisserons pas les intérêts économiques et les pressions politiques dicter l'agenda mondial. Ce G7 doit être le moment d'agir, pas de reculer. »
Les activistes espèrent se faire entendre malgré le périmètre de sécurité. Une marche est prévue samedi dans les rues de Genève, tandis qu'un rassemblement citoyen est annoncé dimanche à Evian, si les autorités locales l'autorisent.
Un sommet sous tension
Alors que les discussions doivent débuter ce vendredi, la pression monte sur les épaules des chefs d'État. La gestion des relations commerciales, la réponse à la pandémie de Covid-19 et la relance économique figurent officiellement parmi les priorités. Mais les critiques sur les angles morts du programme risquent de ternir l'image d'un G7 qui espérait incarner le retour à un multilatéralisme apaisé.
Les observateurs notent que l'absence de progrès sur le climat et les droits humains pourrait alimenter une défiance accrue des opinions publiques envers les institutions internationales, déjà fragilisées par la crise sanitaire et les tensions géopolitiques.