Le sommet « IA avec nous » a débuté à Lille sous l’égide du président de la République, rassemblant scientifiques, chefs d’entreprise et représentants de la société civile. Dans une tribune publiée en parallèle de cette rencontre, le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, a livré son analyse des bouleversements engendrés par l’intelligence artificielle.

Fabien Roussel a d’abord fait sienne la mise en garde formulée par le pape Léon XIV, qui avait récemment appelé à un contrôle de l’IA, qualifiant cette technologie de « pouvoir inédit ». Le dirigeant communiste reprend les termes du souverain pontife pour souligner que l’humanité ne peut « laisser l’IA nuire à ce que notre ‘magnifique Humanité’ a en commun : la vérité, la dignité du travail et la liberté ». Il y ajoute la nécessité de maîtriser l’impact écologique de cette technologie, un aspect qu’il juge trop souvent négligé dans les débats.

Une technologie à « planifier »

Pour Fabien Roussel, l’enjeu central est celui de la maîtrise collective des moyens de production numériques. « L’IA sera ‘avec nous’ si et seulement si elle est ‘à nous’ », écrit-il, estimant que cette révolution technologique pose « en grand les questions de la planification de la révolution numérique et de l’appropriation publique et sociale des moyens de production ». Selon lui, c’est à cette condition que la France pourra préserver son indépendance et que l’IA pourra « libérer les travailleurs et travailleuses des tâches aliénantes », dégageant du temps pour « la vie, la création, la délibération collective ».

Le secrétaire du PCF oppose deux visions de l’avenir numérique. « Dans les mains du capital privé, l’IA est une menace. Dans les mains du peuple, elle est un outil au service du progrès social », assène-t-il, appelant à une planification démocratique de cette technologie. Cette prise de position intervient alors que le sommet de Lille cherche à définir une feuille de route pour le développement et la régulation de l’IA en France et en Europe.

Un contexte marqué par les inquiétudes

Les déclarations de Fabien Roussel s’inscrivent dans un climat de défiance croissante vis-à-vis des grandes entreprises technologiques, souvent critiquées pour leur opacité et leur puissance. La question de la souveraineté numérique française est également au cœur des préoccupations : plusieurs observateurs redoutent une dépendance accrue vis-à-vis d’acteurs étrangers.

Le pape Léon XIV, dans son message, avait insisté sur la nécessité de préserver la dignité humaine face à des systèmes capables de prendre des décisions autonomes. Fabien Roussel reprend cette exigence morale en l’inscrivant dans une perspective politique et sociale. Il invite les citoyens à ne pas subir passivement les transformations en cours mais à s’en emparer collectivement.

Quelle suite pour le sommet ?

Le sommet « IA avec nous » doit se poursuivre plusieurs jours à Lille. Il est notamment attendu que les participants examinent des propositions concrètes en matière de régulation, de transparence des algorithmes et de financement de la recherche publique. La position exprimée par Fabien Roussel, bien qu’issue d’un parti d’opposition, pourrait trouver un écho parmi les associations et syndicats présents.

Reste à savoir si les conclusions de cette rencontre aboutiront à des mesures législatives effectives. Le gouvernement a jusqu’à présent misé sur une approche favorisant l’innovation tout en encadrant les usages les plus sensibles de l’IA. Mais les appels à un contrôle plus strict, portés tant par le Vatican que par des forces politiques françaises, semblent gagner en audience.