Le président nigérian Bola Tinubu a lancé une enquête pour corruption après la révélation qu'une agence gouvernementale fictive aurait été créée au sein même de son administration. L'affaire, qui suscite une vive émotion dans l'opinion publique, porte sur le Conseil présidentiel pour la promotion des investissements étrangers (PFIPC), un organisme qui n'aurait jamais été officiellement constitué.
Selon la présidence, la lettre de nomination signée par le chef de cabinet, Femi Gbajabiamila, serait un faux. Des analyses médico-légales de la police auraient confirmé que la signature avait été falsifiée. Le chef de l'État a saisi la Commission indépendante des pratiques corruptives et autres infractions connexes (ICPC) pour faire la lumière sur cette affaire et lui remettre un rapport détaillé dans un délai de trente jours.
Un organisme fantôme inscrit au budget
Le PFIPC aurait été mis sur pied en 2024 dans le but officiel d'attirer des investissements étrangers au Nigeria. Toutefois, aucun accord ou projet concret n'a été recensé. Malgré cela, l'organisme a réussi à se faire inscrire dans la loi de finances 2026, avec une allocation de 1,3 milliard de nairas (environ 950 000 dollars). Il aurait également obtenu des bureaux au sein du Secrétariat fédéral, le vaste complexe gouvernemental d'Abuja qui abrite plusieurs ministères, et ouvert des comptes auprès de la Banque centrale du Nigeria.
Cependant, le bureau du comptable général de la Fédération affirme qu'aucun compte opérationnel n'a été ouvert à la banque centrale et qu'aucun fonds public ni salaire n'a été versé à cette entité. Les autorités cherchent donc à comprendre comment un organisme inexistant a pu figurer dans le budget et bénéficier d'une apparence de légitimité.
Le principal suspect en fuite
Les forces de police ont lancé un mandat d'arrêt contre Adeniyi Adeyemi Matthew, qui se présentait comme le directeur général du PFIPC. Il est soupçonné de faux, d'usurpation de titre et d'autres infractions. Avant de disparaître, l'intéressé a déclaré à des médias locaux qu'il était innocent et qu'il craignait pour sa vie. Il a promis de se présenter devant la justice pour prouver sa bonne foi, affirmant que le conseil avait été créé légalement. Il a également accusé de hauts responsables gouvernementaux d'avoir exigé des pots-de-vin lors de son processus de nomination, puis d'avoir tenté de prendre le contrôle des fonds du conseil. La présidence a catégoriquement démenti ces allégations.
Des charges devant la Haute Cour
Une plainte a été déposée devant la Haute Cour fédérale d'Abuja. Selon les chefs d'accusation, Adeyemi et deux autres prévenus auraient utilisé des documents officiels falsifiés pour créer et gérer ce conseil fictif, ouvert plusieurs comptes bancaires à son nom et sollicité une reconnaissance officielle pour un organisme que le gouvernement considère comme inexistant.
Le président Tinubu a donné pour instruction à l'ICPC d'enquêter sur plusieurs points : la falsification de lettres de nomination et de documents officiels, l'utilisation de fausses déclarations pour obtenir une reconnaissance officielle et des facilités diplomatiques (notamment des visas), l'ouverture de comptes bancaires avec des documents falsifiés, et le rôle de tout fonctionnaire, particulier, institution financière ou intermédiaire ayant pu faciliter le montage.
Il a également ordonné aux enquêteurs d'examiner les circonstances plus larges qui ont permis à une entité prétendument fictive d'acquérir une apparence de légitimité officielle, et d'identifier les faiblesses des procédures gouvernementales qui auraient été exploitées.
L'affaire provoque une pression croissante de la société civile sur l'administration Tinubu, qui doit désormais montrer sa détermination à lutter contre la corruption et les dysfonctionnements administratifs.