Netflix dévoile ce jeudi 9 juillet sa nouvelle adaptation de « Little House on the Prairie », série tirée des romans de Laura Ingalls Wilder. Lancée dans un climat culturel polarisé, cette version promet de mêler l’esprit familial de l’œuvre originale à une relecture critique de son héritage, notamment vis-à-vis des peuples autochtones.

Un regard neuf sur la conquête de l’Ouest

L’une des transformations les plus notables concerne la représentation des Osages. Dans le troisième livre de Wilder, un chapitre décrit des « Indiens » comme des « hommes sauvages nus » à l’odeur « horriblement mauvaise ». La nouvelle série inverse la perspective : les visiteurs osages s’invitent chez les Ingalls et, par leurs dialogues sous-titrés, rappellent que la famille s’est installée illégalement sur leurs terres. « Nous voulions faire face à cet aspect de manière frontale », a expliqué la showrunneuse Rebecca Sonnenshine. La série intègre une famille osage, les Mitchell, dont la fille Good Eagle devient la meilleure amie de Laura. Cette approche vise à donner une épaisseur aux personnages autochtones, absents des romans.

Caroline Fraser, auteure de la biographie « Prairie Fires » (prix Pulitzer), a souligné que Wilder, même adulte, « n’avait pas de véritable compréhension de qui étaient ces personnes ni de leur culture ». En 2018, l’American Library Association a retiré le nom de l’autrice d’un de ses prix les plus prestigieux, invoquant ses « attitudes culturelles dépassées envers les peuples autochtones et les personnes de couleur ».

Un personnage de mère renforcé et une diversité élargie

La nouvelle mouture renforce également le rôle de Caroline Ingalls, la mère, traditionnellement effacée. Dans un épisode, Pa fabrique un rocking-chair pour Ma, affaiblie par la fièvre, un clin d’œil au livre. La productrice Joy Gorman Wettels a commenté avec humour l’attrait de ce personnage masculin idéalisé. Par ailleurs, des personnages noirs font leur apparition, une première pour l’univers de la série. Les créateurs disent assumer ces choix « pour remettre en question les préjugés ».

Entre nostalgie « tradwife » et accusations de « wokisme »

La série arrive dans un contexte où le mouvement « tradwife » – des femmes prônant un retour aux valeurs domestiques traditionnelles – a fait de l’œuvre originale un étendard. Des communautés en ligne célèbrent l’esthétique et les valeurs de la pionnière. Parallèlement, l’expression « anti-woke » est devenue un étendard pour une partie du public conservateur américain, prompt à dénoncer toute révision des classiques.

Netflix semble anticiper les critiques. La productrice Joy Gorman Wettels a confié que quelque chose dans « Little House on the Prairie » semblait toujours « inviter à une bagarre culturelle ». Tournée à Winnipeg, au Canada, la série remplace la ville fictive de Walnut Grove et le personnage de Nellie Oleson, absents de cette adaptation qui se concentre sur le premier livre de la saga – une période antérieure à celle de la série télévisée historique (1974-1983).

Un pari éditorial risqué

La précédente adaptation, portée par Michael Landon, avait transformé l’histoire d’une fillette intrépide en un véhicule pour son personnage de patriarche, ce que Fraser a jugé « terrible ». Pour cette nouvelle version, les créateurs souhaitent recentrer l’intrigue sur Laura et sa vision du monde, tout en embrassant une esthétique visuelle soignée et une recherche historique plus rigoureuse.

Reste à savoir si ce pari séduira à la fois les nostalgiques des livres et les jeunes spectateurs. Les premiers échos, notamment d’une critique évoquant des « chansons et danses autour du feu de camp au moins trois fois par épisode », suggèrent que la série conserve une part de mièvrerie assumée. Mais c’est surtout la gestion de l’héritage colonial qui déterminera l’accueil réservé à ce reboot, tiraillé entre la volonté de plaire à une Amérique conservatrice et celle de répondre aux attentes d’un public moderne, soucieux de représentativité.