La nouvelle version de « Little House on the Prairie » (La Petite Maison dans la prairie), lancée jeudi sur Netflix, arrive chargée d’un lourd bagage culturel. Entre la nostalgie d’une Amérique rurale fantasmée, la mode des « tradwives » sur les réseaux sociaux et les critiques pointant le racisme des livres originaux, la série devait trouver un équilibre délicat.

Une adaptation qui élargit le récit

Showrunée par Rebecca Sonnenshine, cette série de dix épisodes s’attache au troisième roman de Laura Ingalls Wilder, celui où la famille s’installe illégalement sur des terres appartenant à la nation osage. La production a été tournée à Winnipeg, au Manitoba, où un décor de cabane en rondins et un champ de neige artificielle ont été construits.

Parmi les choix forts, les créateurs ont intégré des personnages osages complexes, comme la famille Mitchell. La jeune Good Eagle, interprétée par Wren Zhawenim Gotts, devient la meilleure amie de Laura. Dans l’épisode où des Osages rendent visite aux Ingalls, les dialogues sous-titrés révèlent que ceux-ci se considèrent en droit d’exiger l’hospitalité, puisque la famille squatte leurs terres et utilise leurs ressources. « Nous voulions faire face à cette partie de l’histoire », a déclaré Rebecca Sonnenshine.

L’héroïne Laura, jouée par Alice Halsey, reste une enfant espiègle, mais le récit adopte davantage le point de vue des personnages autochtones. Les livres originaux contiennent des passages jugés racistes – comme la phrase « le seul bon Indien est un Indien mort » prononcée par un voisin – qui ont conduit l’American Library Association à retirer le nom de Laura Ingalls Wilder d’un prix prestigieux en 2018.

Une polémique annoncée

Dès l’annonce du projet, des voix conservatrices se sont élevées. La podcasteuse Megyn Kelly avait mis en garde Netflix contre une « wokisation » de l’histoire. La série répond par une approche plus historique : Ma Ingalls (interprétée par la comédienne Crosby Fitzgerald) y gagne en épaisseur, tandis que des personnages noirs et autochtones sont ajoutés pour confronter les préjugés de l’époque.

La productrice Joy Gorman Wettels a confié son étonnement devant les réactions négatives : « Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas simplement embrasser le romantisme et la rudesse de la frontière ? » La série elle-même conserve l’esprit wholesome – chansons autour du feu de camp, aventures familiales – mais refuse d’éluder les questions de spoliation territoriale.

Accueil critique partagé

Les premières critiques saluent une réalisation soignée et une interprétation juste, tout en notant que la série reste fondamentalement une œuvre réconfortante. Un critique a souligné qu’il y a « au moins trois chansons et danses autour du feu par épisode », préservant la patine nostalgie de l’originale des années 1970. Un autre a estimé que le nouveau « Little House » troque le sentimentalisme de la série précédente pour un réalisme historique plus poussé.

Caroline Fraser, biographe de Laura Ingalls Wilder et auteure de « Prairie Fires », a jugé l’ancienne série télévisée « terrible », estimant que Michael Landon en faisait un véhicule pour sa propre star. La nouvelle version, en revanche, redonne le premier plan à Laura et à sa mère.

Un miroir des tensions américaines

Au-delà du simple divertissement, cette adaptation s’inscrit dans les débats contemporains sur l’identité nationale à l’approche du 250e anniversaire des États-Unis. La figure de la « tradwife » – femme au foyer glorifiant un mode de vie patriarcal – trouve un écho dans l’imagerie de la famille Ingalls, mais la série prend soin de montrer que Caroline Ingalls n’est pas seulement une épouse soumise.

Rebecca Sonnenshine a résumé l’ambition du projet : « On prend l’œuvre littéraire et toutes les connaissances que l’on a aujourd’hui, et on crée quelque chose de nouveau qui réexamine ce qui s’est passé. » Reste à savoir si ce compromis satisfera à la fois les nostalgiques de l’Amérique pionnière et les critiques d’une industrie culturelle en pleine réévaluation de son passé.