La présentation de la Ferrari Luce, le tout premier véhicule électrique du constructeur de Maranello, n'a pas déclenché l'enthousiasme escompté. Au contraire, les réactions – de la part d'anciens cadres de la marque, d'acteurs du monde automobile et des marchés financiers – se sont révélées majoritairement négatives dans les heures qui ont suivi le dévoilement, le 25 mai 2026.
La voiture, commercialisée à partir de 550 000 euros, est un modèle à cinq places et quatre portes, le second du genre chez Ferrari après le SUV Purosangue. Elle incarne une rupture technologique majeure pour une firme historiquement associée aux motorisations thermiques rugissantes. Ce virage stratégique est pourtant loin de faire l'unanimité.
L'ancien président monte au créneau
Luca Cordero di Montezemolo, qui a présidé Ferrari pendant plus de vingt ans, a exprimé une opinion tranchée dans les colonnes d'un média italien. « Si je disais ce que je pense vraiment, je nuirais à Ferrari. Nous risquons la destruction d'un mythe, j'en suis très désolé. J'espère au moins qu'ils enlèvent le Cheval cabré de cette voiture », a-t-il déclaré. Cette sortie, largement relayée, illustre le malaise d'une partie des fidèles de la marque.
Un dirigeant d'écurie de F1 ironise
Flávio Briatore, directeur de l'équipe Alpine de Formule 1, a également commenté la nouvelle Ferrari électrique avec une pointe d'humour acerbe. « Tout le monde me demande des nouvelles de la Ferrari. Elle a un grand avantage : les Chinois ne la copieront pas », a-t-il lancé, laissant entendre que le design ou les choix techniques du modèle ne feraient pas école en Asie.
Les marchés sanctionnent
Au-delà des critiques de personnalités, les investisseurs ont eux aussi montré leur scepticisme. Le jour suivant la présentation, l'action Ferrari signait la plus mauvaise performance de la Bourse de Milan, avec un recul de 6,16 %, s'échangeant à 290,9 euros. Ce repli rappelle celui d'octobre 2025, lorsque les premières informations sur la Luce avaient déjà entraîné une chute du titre, les analystes jugeant alors les objectifs de ventes insuffisamment ambitieux.
Les analystes d'Equita ont estimé dans une note qu'« un modèle électrique affichant un prix élevé (...) ne générera pas de volumes importants ». Ils ajoutent ne pas considérer « que les volumes de ce modèle soient déterminants pour influencer les résultats du groupe, mais puisqu'il s'agit d'un premier modèle avec une nouvelle motorisation, il est important de préserver l'image de qualité et de performance ».
Des avis plus nuancés sur les marges
Pour la banque Akros, l'impact sur les marges doit être relativisé. Ses analystes soulignent que si le passage à l'électrique pèse sur la rentabilité, « le prix extrêmement élevé (plus de 700 000 euros après personnalisation) compense » cependant « largement » cette baisse. Ils prévoient par ailleurs que ce modèle attire « une nouvelle base de clients » chez Ferrari.
Le constructeur italien doit donc composer avec un accueil glacial, tant du côté des puristes que de la Bourse. La Luce, malgré son statut emblématique de première Ferrari zéro émission, se heurte à un mur de méfiance. Reste à savoir si les commandes – dont le constructeur n'a pas encore communiqué les chiffres – permettront de démentir les craintes exprimées.