Trois ans après avoir fait sensation sur les planches du Festival d’Avignon, la dramaturge, autrice et metteuse en scène brésilienne Carolina Bianchi est de retour pour y présenter la dernière pièce de sa trilogie. Intitulée « Uma luz cordial » (une lumière cordiale), cette œuvre vient conclure un parcours artistique dense qui explore, à travers la performance, le théâtre et la poésie, les répercussions d’un viol. Pour l’artiste, cet épisode fondateur a servi de point de départ à une réflexion plus large sur la violence, la mémoire et la place du corps sur scène.
Un parcours fulgurant
Révélée au public avignonnais en 2023, Carolina Bianchi s’est imposée comme l’une des figures les plus marquantes du théâtre contemporain européen. Son travail, souvent qualifié d’incisif et de viscéral, mêle récit autobiographique et expérimentation formelle. La trilogie qu’elle achève aujourd’hui a été saluée par la critique pour sa capacité à bousculer les conventions et à interroger sans concession les mécanismes de l’oppression.
« Quand on est trop d’accord dans l’art, il y a un problème »
Dans un entretien accordé à l’occasion du festival, Carolina Bianchi a livré sa conception de la création artistique. « Quand on est trop d’accord dans l’art, il y a un problème », a-t-elle estimé, soulignant que l’unanimité est souvent le signe d’une pensée conformiste. « Le théâtre a besoin d’être l’enfer et le chaos », a-t-elle ajouté, plaidant pour une forme qui ne cherche pas à rassurer mais à provoquer une réaction, fût-elle inconfortable. Selon elle, l’art doit rester un espace de tension et de désaccord, sans quoi il perd sa puissance transformatrice.
« Uma luz cordial », un geste radical
La nouvelle création de Carolina Bianchi s’inscrit dans la continuité de cette esthétique du trouble. « Uma luz cordial » pousse plus loin l’exploration des frontières entre la scène et la vie, entre le document et la fiction. En partant du viol qu’elle a subi, l’artiste élargit la focale pour aborder des questions universelles : la construction du récit intime, la sororité, et la possibilité d’une réparation par l’art. Le spectacle, présenté dans le cadre de la programmation officielle du Festival d’Avignon 2026, a déjà suscité des discussions passionnées parmi les spectateurs et les professionnels.
Un écho dans le paysage théâtral
L’édition 2026 du Festival d’Avignon semble marquée par une volonté de donner la parole à des artistes qui refusent les compromis. Carolina Bianchi incarne cette tendance par son exigence et son refus des consensus mous. Alors que son travail arrive à son terme avec cette trilogie, la dramaturge brésilienne laisse entrevoir de nouveaux projets, sans pour autant dévoiler leurs contours. Pour l’instant, elle invite les festivaliers à venir vivre l’expérience de « Uma luz cordial », et à accepter d’être dérangés.