La sécheresse et les canicules à répétition mettent les arbres à rude épreuve. Selon des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), plusieurs espèces présentes dans les forêts françaises approchent dangereusement de leur limite physiologique face au stress hydrique. Jean-Marc Bonin, biologiste à l'INRAE, indique que « certaines espèces sont très proches de leur seuil de rupture hydraulique », un phénomène qui pourrait entraîner une mortalité massive si les températures continuent de grimper.

Un mécanisme vital menacé

Le « seuil de rupture hydraulique » correspond au moment où l'arbre n'est plus capable d'acheminer l'eau des racines jusqu'aux feuilles. Sous l'effet de la chaleur et du manque d'eau, les vaisseaux conducteurs se vident et des bulles d'air se forment, bloquant la circulation de la sève. Ce processus, appelé cavitation, est irréversible : lorsque plus de 50 % des vaisseaux sont obstrués, l'arbre meurt. Claire Doussan, directrice de recherche à l'INRAE, explique que les épisodes caniculaires successifs accélèrent ce phénomène : « Les arbres n'ont plus le temps de reconstituer leurs réserves entre deux vagues de chaleur. »

Des espèces inégalement vulnérables

Les travaux des scientifiques montrent que les essences les plus exposées sont le hêtre, le chêne sessile et le pin sylvestre. Le hêtre, très sensible à la sécheresse, a déjà subi des pertes importantes dans le nord-est de la France ces dernières années. Le chêne sessile, pourtant réputé plus résistant, montre des signes de faiblesse dans les régions où les précipitations sont devenues insuffisantes. Quant au pin sylvestre, sa capacité à s'adapter aux sols pauvres ne le protège pas d'une chaleur excessive et prolongée.

En revanche, certaines espèces comme le chêne pubescent ou le pin d'Alep supportent mieux la sécheresse. Mais les chercheurs préviennent que même ces arbres pourraient atteindre leurs limites si les canicules deviennent plus fréquentes et intenses.

Des conséquences en cascade

Au-delà de la mortalité des arbres, c'est tout l'écosystème forestier qui est menacé. La disparition d'espèces clés fragilise la biodiversité et réduit la capacité des forêts à stocker le carbone. Jean-Marc Bonin souligne que « la forêt est un puits de carbone essentiel dans la lutte contre le changement climatique. Si elle s'effondre, c'est un cercle vicieux qui s'engage. » Les incendies de forêt pourraient également devenir plus fréquents, car les arbres desséchés constituent un combustible idéal.

Un été 2026 sous surveillance

Les prévisions saisonnières pour l'été 2026 indiquent des températures supérieures aux normales sur l'ensemble du territoire, avec des épisodes caniculaires probables dès le mois de juillet. Les forestiers et les autorités locales sont en alerte. Des mesures de restriction d'eau ont déjà été prises dans plusieurs départements, et des dispositifs de surveillance de l'état sanitaire des forêts sont renforcés. Claire Doussan estime que « 2026 pourrait être une année charnière, potentiellement dévastatrice pour les forêts françaises si les conditions se confirment. »

Les scientifiques appellent à une gestion adaptative des forêts, par exemple en favorisant les espèces les plus résistantes ou en réduisant la densité des peuplements pour limiter la compétition pour l'eau. Mais dans un contexte de changement climatique rapide, ces mesures pourraient ne pas suffire à sauver les arbres les plus vulnérables.