Ford reconnaît les lacunes de ses systèmes d'IA et embauche 350 ingénieurs expérimentés

Le constructeur américain Ford a récemment embauché plus de 300 ingénieurs et inspecteurs qualité expérimentés, après avoir constaté que ses systèmes d'intelligence artificielle ne parvenaient pas à égaler leur expertise, ont indiqué des responsables de l'entreprise.

Cette décision, rapportée par des médias spécialisés, représente un revirement significatif par rapport à la stratégie antérieure du groupe, qui avait massivement investi dans l'automatisation des contrôles de production. Charles Poon, vice-président de l'ingénierie des véhicules chez Ford, a déclaré que l'entreprise avait sous-estimé l'importance de l'expérience humaine dans ses processus de fabrication.

« Nous avons pensé à tort que le simple fait d'introduire l'intelligence artificielle et d'ingérer les exigences de conception produirait un produit de haute qualité », a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Un constat d'échec et une correction de trajectoire

Dans un contexte où Wall Street s'enthousiasme pour le potentiel de l'IA à accroître les marges, Ford figurait parmi les entreprises les plus actives dans ce domaine. Jim Farley, le directeur général de Ford, avait même déclaré en juin que « l'IA laissera beaucoup de cols blancs derrière ». Le 31 octobre précédent, le directeur des opérations Kumar Galhotra avait annoncé le déploiement de 900 caméras pilotées par intelligence artificielle dans les usines, destinées à « détecter les problèmes de qualité à la source ».

Cependant, Charles Poon a reconnu que ces outils automatisés manquaient de la formation et de l'expertise des techniciens chevronnés, dont beaucoup avaient quitté l'entreprise avant que leur savoir ne soit utilisé pour améliorer la technologie. « L'intelligence artificielle est un outil fantastique, mais elle n'est aussi bonne que les informations que vous utilisez pour l'entraîner », a-t-il souligné.

Les ingénieurs vétérans de retour pour former l'IA

Environ 300 ingénieurs expérimentés ont donc été réembauchés, dans le cadre d'un « renouvellement important des talents », selon les termes d'un communiqué de Ford. L'entreprise a également remplacé plusieurs cadres dirigeants dans les domaines de l'ingénierie, de la chaîne d'approvisionnement et de la fabrication.

« Nous avons reconnu que pour améliorer certains de nos outils d'automatisation, d'apprentissage automatique et d'intelligence artificielle, nous devions nous assurer qu'ils soient formés par les personnes les plus expérimentées », a expliqué Charles Poon.

Ces vétérans, qui « portent la sagesse durement acquise de décennies de conception », sont désormais chargés de former les systèmes d'IA, mais aussi d'encadrer les nouvelles recrues. « Ces dernières années, nous n'avons pas accordé autant d'attention que nous l'aurions dû à l'expérience de nos ingénieurs les plus compétents, qui nous accompagnent depuis de nombreux cycles de produits », a reconnu le vice-président.

Un retour en tête du classement qualité

Ford a rendu publics ces revers technologiques au moment même où l'entreprise célébrait son retour au sommet de l'étude de qualité initiale JD Power (Initial Quality Study), un indice de référence pour le secteur. Le constructeur a affirmé être le premier constructeur automobile généraliste aux États-Unis dans ce classement, une place qu'il n'occupait plus depuis 2010.

Selon Charles Poon, les contrôles par IA n'ont pas répondu aux attentes. L'entreprise a depuis réintroduit des inspecteurs humains pour combler les lacunes. Plusieurs de ces techniciens chevronnés travaillaient auparavant pour Ford avant de la quitter, leur départ ayant privé l'entreprise de connaissances précieuses pour l'entraînement de ses systèmes automatisés.

Cette expérience illustre les défis que rencontrent les industries lourdes lorsqu'elles tentent de remplacer des compétences humaines complexes par des algorithmes, même sophistiqués.