Selon un document interne dont la teneur a été rendue publique récemment, France Travail développe un algorithme de profilage des demandeurs d'emploi. Cet outil, fondé sur l'intelligence artificielle, vise à identifier les bénéficiaires de l'allocation-chômage présentant le plus de risques de fraude, en analysant notamment leurs démarches de recherche d'emploi.

L'expérimentation, déjà menée sur environ 7 000 dossiers, pourrait à terme être étendue à l'ensemble des plus de six millions d'inscrits sur les listes de France Travail. L'objectif affiché par l'administration est d'industrialiser le contrôle des chômeurs et de cibler plus efficacement les personnes qui ne respecteraient pas leurs obligations.

L'association La Quadrature du Net, qui a dévoilé l'existence de ce document, qualifie le procédé d'« illégal ». Elle estime que cet algorithme constitue une forme de surveillance disproportionnée et une « chasse aux pauvres », en ce qu'il catégorise les inscrits entre « bons » et « mauvais » chômeurs. L'organisation demande l'abandon pur et simple du projet.

Du côté de France Travail, on justifie cette initiative par la nécessité de moderniser les procédures de contrôle et de mieux allouer les ressources humaines aux cas les plus problématiques. L'outil n'en est encore qu'au stade expérimental, mais son déploiement soulève des questions éthiques et juridiques, notamment au regard de la protection des données personnelles et du risque de discrimination algorithmique.

Le débat intervient dans un contexte où les politiques de contrôle des chômeurs sont régulièrement critiquées par des associations et des syndicats, qui dénoncent une logique de suspicion systématique. L'utilisation de l'intelligence artificielle dans ce domaine pourrait amplifier ces critiques si elle n'est pas encadrée par des garde-fous solides.