À l'occasion de la dixième édition de VivaTech, qui s'est tenue porte de Versailles à Paris du 16 au 19 juin 2026, France Travail a présenté un nouvel outil d'intelligence artificielle à destination de ses conseillers. Ce dispositif, développé en interne par l'opérateur public, vise à assister les agents dans leurs tâches quotidiennes, en automatisant une partie du traitement des dossiers et en proposant des recommandations personnalisées pour l'accompagnement des demandeurs d'emploi.

L'outil, qui repose sur des algorithmes de traitement du langage naturel et d'apprentissage automatique, est présenté par la direction de France Travail comme un moyen d'« améliorer l'efficacité du service public de l'emploi » et de « libérer du temps pour un accompagnement plus humain ». Selon les responsables de l'opérateur, l'intelligence artificielle permettrait de réduire le temps consacré aux tâches administratives et de faciliter l'accès à des informations ciblées pour chaque usager.

Les syndicats dénoncent un risque de « déshumanisation » du service

Les organisations syndicales représentatives au sein de France Travail ont immédiatement réagi, dénonçant un projet qui pourrait selon elles entraîner une diminution des effectifs et une standardisation des réponses apportées aux demandeurs d'emploi. Dans un communiqué commun, plusieurs syndicats estiment que « l'introduction massive de l'IA dans les processus de travail des conseillers constitue une menace directe pour la qualité de l'accompagnement » et « risque de réduire les agents à de simples exécutants de décisions algorithmiques ». Ils réclament une transparence totale sur les critères retenus par les algorithmes et une évaluation indépendante des conséquences sur l'emploi au sein de l'opérateur public.

Un représentant syndical, interrogé en marge du salon, a déclaré que « ces technologies sont présentées comme un progrès, mais nous craignons qu'elles ne servent en réalité à justifier des suppressions de postes et une dégradation des conditions de travail ». Il a également souligné que les agents n'avaient pas été suffisamment consultés en amont du déploiement de l'outil.

Un enjeu de souveraineté numérique et de protection des données

La question de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles a également été soulevée. Les syndicats s'interrogent sur l'hébergement des données des demandeurs d'emploi et sur les garanties offertes contre une éventuelle utilisation abusive des informations collectées par l'IA. France Travail assure que l'outil a été conçu en conformité avec le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et que les données sont traitées de manière sécurisée sur des serveurs situés en France.

Le déploiement de cet assistant IA s'inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du service public de l'emploi, qui mise sur le numérique pour gagner en efficacité face à l'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi et à la complexification des parcours. L'expérimentation de l'outil doit débuter dans plusieurs agences pilotes à partir de septembre 2026, avant une éventuelle généralisation en 2027.

Les précautions de la direction

La direction de France Travail a tenu à rassurer sur les intentions de l'opérateur. « L'IA n'a pas vocation à remplacer les conseillers, mais à les outiller pour qu'ils puissent se concentrer sur l'essentiel : l'accompagnement humain », a expliqué un porte-parole. Il a précisé que les décisions finales concernant les parcours des demandeurs d'emploi resteraient de la responsabilité des agents et que l'outil ne serait qu'un support. La direction s'est dite ouverte au dialogue social et prête à discuter des modalités de déploiement avec les représentants du personnel.

Un sujet qui dépasse le cadre de France Travail

Cette annonce intervient dans un contexte plus large où l'intelligence artificielle s'invite dans de nombreux secteurs de l'administration publique et des entreprises privées. À VivaTech 2026, plusieurs exposants ont présenté des solutions d'IA destinées à améliorer la productivité des services publics, suscitant des débats récurrents sur l'avenir de l'emploi et la place de l'humain dans les métiers de service. Les inquiétudes exprimées par les syndicats de France Travail rejoignent ainsi des préoccupations plus larges sur les transformations du travail induites par l'automatisation et le recours croissant aux algorithmes.

Le Premier ministre, présent sur le salon, a évoqué sans les détailler des « garanties » qui devraient être apportées pour que l'IA soit « un outil au service de tous, et non un facteur d'exclusion ». Le ministère du Travail a indiqué qu'un groupe de travail serait mis en place pour suivre l'expérimentation et évaluer ses effets sur l'emploi et la qualité du service rendu.