Les tensions entre Islamabad et Kaboul ont connu une escalade meurtrière dans la nuit du 9 au 10 juin, lorsque l’aviation pakistanaise a bombardé plusieurs localités frontalières en territoire afghan. Selon le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, ces frappes ont coûté la vie à treize civils : « onze enfants, une femme et un homme âgé » ont péri dans les provinces de Khost, Kunar et Paktika. Un responsable provincial de Khost, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a précisé que l’attaque du district de Spera, dans cette même province, avait tué neuf personnes et blessé dix autres – incluant des enfants. Dans le district de Barmal, situé dans la province voisine de Paktika, deux habitants ont indiqué qu’une frappe distincte avait détruit une habitation, tuant trois civils, tous des enfants. Un journaliste de l’AFP a constaté sur place, à Khost, une maison entièrement rasée tandis que des villageois creusaient des tombes pour inhumer les victimes.
De son côté, le gouvernement pakistanais a justifié ces bombardements par une riposte contre des « incidents terroristes récents au Pakistan ». Le ministre de l’Information, Attaullah Tarar, a écrit sur le réseau social X que des « frappes précises et calibrées ont été menées le long des zones frontalières entre le Pakistan et l’Afghanistan, sur des cachettes et refuges » appartenant au Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Il a affirmé que vingt-six militants avaient été tués, sans faire aucune mention de pertes civiles. Les deux parties maintiennent donc des bilans radicalement divergents.
Un contexte de tensions récurrentes
Ces raids interviennent après une période d’accalmie relative à la frontière, elle-même consécutive à des affrontements particulièrement violents qui avaient éclaté fin février. En mars, l’armée pakistanaise avait déjà mené des frappes aériennes d’une ampleur inédite, touchant notamment Kaboul et Kandahar – où réside le guide suprême des talibans. Un rapport des Nations unies publié en mai faisait état d’au moins 372 civils afghans tués et 397 autres blessés lors de ce premier cycle de violences au cours du premier trimestre de l’année.
Les relations entre les deux voisins sont exécrables depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en 2021. Islamabad accuse régulièrement le gouvernement afghan d’héberger des combattants du TTP – groupe qui mène une insurrection meurtrière au Pakistan – et exige qu’il agisse pour les neutraliser. Les autorités talibanes rejettent ces accusations et affirment, en retour, que le Pakistan abrite des groupes hostiles à l’Afghanistan et ne respecte pas sa souveraineté.
Un blocus frontalier qui perdure
La frontière entre les deux pays, longue de plus de 2 600 kilomètres, est en grande partie fermée depuis une flambée de combats en octobre. Cette fermeture a gelé le commerce bilatéral et aggrave la situation humanitaire dans les régions frontalières, déjà éprouvées par les violences et la pauvreté. Les frappes du 10 juin constituent le pire incident en plusieurs semaines et relancent les craintes d’un embrasement généralisé, alors qu’aucune négociation de fond n’est en cours.