L'aviation pakistanaise a mené des frappes aériennes sur trois provinces de l'est de l'Afghanistan, a annoncé le gouvernement taliban de Kaboul. Selon un bilan provisoire communiqué par les autorités afghanes, ces bombardements ont fait treize morts.
Ces raids constituent une nouvelle escalade militaire entre les deux voisins, alors que les relations sont déjà extrêmement tendues depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en 2021. Les autorités talibanes ont fermement condamné ces frappes, les qualifiant d'acte hostile et de violation flagrante de l'intégrité territoriale de l'Afghanistan.
Des frappes aériennes ciblées Les bombardements pakistanais auraient visé des localités situées dans les provinces de Khost, Paktika et Nangarhar, une région frontalière connue pour abriter des groupes armés. L'armée pakistanaise n'a pas officiellement commenté ces opérations. Cependant, Islamabad justifie régulièrement ce type d'action par la nécessité de lutter contre le terrorisme transfrontalier, affirmant que des groupes armés opèrent depuis le sol afghan pour mener des attaques contre le Pakistan.
Le gouvernement taliban, de son côté, a toujours nié permettre à quelque groupe que ce soit d'utiliser son territoire pour déstabiliser ses voisins. Il accuse le Pakistan de chercher des prétextes pour intervenir militairement en Afghanistan. Les treize morts signalés incluraient, selon des sources locales, des civils, ce que Kaboul dénonce comme un « crime de guerre ».
Un conflit larvé à la frontière Les tensions entre les deux pays se sont accumulées ces derniers mois. En mars 2024, des frappes similaires avaient déjà été attribuées à l'armée pakistanaise, faisant plusieurs victimes dans les provinces frontalières. Ces attaques aériennes, bien que parfois ponctuelles, traduisent une stratégie pakistanaise de réponse armée contre des groupes rebelles tels que le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un mouvement taliban pakistanais qui mène une insurrection contre Islamabad.
Le Pakistan accuse régulièrement les talibans afghans de ne pas agir suffisamment contre les sanctuaires du TTP sur leur sol. Kaboul rétorque que ces groupes sont un problème interne pakistanais et que les bombardements ne font qu'aggraver la situation humanitaire déjà précaire dans les zones frontalières.
Réactions et conséquences Les autorités talibanes ont annoncé qu'elles porteraient l'affaire devant les instances internationales pour dénoncer ce qu'elles qualifient d'agression. Aucune déclaration officielle n'a encore été faite par les Nations unies ou les puissances régionales. Les analystes redoutent une escalade militaire plus large si Islamabad poursuit sa stratégie de frappes unilatérales.
Sur le plan humanitaire, ces raids surviennent dans un contexte déjà critique pour les populations civiles frontalières, souvent prises entre deux feux. Les habitants de ces zones reculées subissent à la fois les conséquences des opérations militaires et les restrictions économiques imposées par les sanctions internationales pesant sur le régime taliban.
La communauté internationale observe avec inquiétude cette détérioration des relations bilatérales. L'Afghanistan et le Pakistan partagent une longue frontière poreuse, la ligne Durand, source de nombreux conflits depuis la création du Pakistan en 1947. Les talibans afghans ne reconnaissent pas cette frontière, ce qui ajoute une dimension politique et historique aux tensions actuelles.
Pour l'heure, le gouvernement taliban a mis en garde le Pakistan contre toute nouvelle agression, sans préciser les mesures qu'il pourrait prendre en représailles. Les frappes du 28 mars 2025 pourraient marquer un tournant dans le conflit larvé qui oppose les deux capitales, tandis que les appels à la désescalade se multiplient, sans écho apparent jusqu'à présent.