L’aviation israélienne a mené mardi de nouvelles frappes aériennes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, violant de fait la mise en garde formulée la veille par Téhéran. Selon le ministère libanais de la Santé, au moins huit personnes ont été tuées et 32 autres blessées dans ces bombardements, qui ont visé plusieurs bâtiments du quartier est d’al-Massaken al-Shaabiya. Un bilan provisoire, alors que les secouristes continuaient de fouiller les décombres.

Un ordre d’évacuation élargi au quartier chrétien

L’armée israélienne avait, quelques heures plus tôt, ordonné aux habitants de Tyr et de sa périphérie de quitter leurs domiciles pour se rendre au-delà du fleuve Zahrani, à une trentaine de kilomètres au nord. Pour la première fois depuis le début du conflit, cet ordre incluait le quartier chrétien, situé au nord-ouest de la cité antique classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’armée justifie cette mesure en affirmant avoir « identifié l’activité de dizaines d’opérateurs du Hezbollah à l’intérieur du quartier chrétien », sans toutefois apporter de preuve.

De nombreux résidents ont fui la zone après cet avertissement, provoquant d’importants embouteillages sur les axes routiers menant vers le nord. Les abris d’urgence ont rapidement été saturés, et des équipes de secours évacuaient les personnes âgées, selon l’agence de presse officielle libanaise.

Des frappes étendues à l’ensemble du sud du Liban

Au-delà de Tyr, les frappes israéliennes ont touché plusieurs localités du sud du pays. Deux personnes ont été tuées à l’aube dans une attaque de drone à Kfar Roummane, près de Nabatieh. Au total, au moins treize victimes ont été recensées sur l’ensemble de la journée, selon des médias libanais. Par ailleurs, cinq autres blessés ont été signalés dans un secteur central de Tyr, à al-Raml.

De son côté, le Hezbollah a revendiqué plusieurs actions, affirmant avoir lancé des roquettes contre un nouveau site militaire israélien à Maroun al-Ras et visé des troupes et des véhicules blindés à Qantara et Zawtar al-Sharqiyeh au moyen de drones d’attaque. L’armée israélienne a également indiqué avoir abattu un « terroriste » qui avait franchi la frontière depuis le Liban et ouvert le feu en direction de ses soldats dans la région de la crête de Ramim, en Galilée.

Une trêve déjà fragilisée

Ces bombardements interviennent alors que les États-Unis tentent de préserver un cessez-le-feu fragile entre Israël et le Liban, conclu le 16 avril, et renouvelé la semaine dernière. Le Hezbollah avait rejeté ce second accord, exigeant un retrait israélien complet du Liban, tandis qu’Israël maintenait ses opérations militaires dans le sud.

Dimanche, une frappe israélienne à Dahieh, dans la banlieue sud de Beyrouth, a fait deux morts et provoqué une escalade directe avec l’Iran : Téhéran a lancé une trentaine de salves de missiles balistiques vers Israël, qui ont été interceptées, avant qu’Israël ne riposte par deux vagues de bombardements visant des sites de défense aérienne et un complexe pétrochimique en Iran.

L’Iran met en garde, Israël promet de continuer

Lundi, les forces armées iraniennes ont annoncé la fin de leurs opérations militaires, affirmant avoir infligé une « réponse douloureuse » à Israël, et menaçant de « mesures plus sévères et écrasantes » si les attaques se poursuivaient, y compris au Liban. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré que son pays « retenait son feu pour le moment », mais a prévenu que la lutte contre le Hezbollah et l’Iran n’était « pas terminée » et qu’Israël répondrait avec une « force écrasante » à toute nouvelle attaque iranienne.

Un obstacle aux négociations américaines

Le conflit libanais constitue l’une des principales difficultés dans les efforts de l’administration Trump pour parvenir à un accord global avec l’Iran. Téhéran a conditionné tout arrangement à la fin des hostilités au Liban, mais Israël refuse de lier les deux dossiers. Selon un responsable israélien, l’État hébreu aurait suspendu ses frappes sur l’Iran à la demande du président américain.

Le bilan humain de ce conflit est lourd : au moins 3 666 personnes ont été tuées au Liban, selon les autorités sanitaires libanaises, tandis qu’Israël déplore la mort de 30 soldats et de quatre civils des deux côtés de la frontière.