Des frappes meurtrières sur une cité historique

L’armée israélienne a mené mardi une série de bombardements aériens sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, faisant au moins huit morts et plusieurs dizaines de blessés, selon le ministère libanais de la Santé. Les secours continuaient de fouiller les décombres, et ce bilan pourrait s’alourdir, a précisé la même source. Des frappes ont également touché d’autres localités du sud libanais, rapportent des médias locaux, portant à au moins treize le nombre de victimes dans la région pour la journée de mardi.

Quelques heures avant ces raids, l’état-major israélien avait lancé un ordre d’évacuation concernant l’intégralité de Tyr, une cité portuaire qui comptait environ 100 000 habitants avant le début du conflit actuel en mars. Pour la première fois depuis le déclenchement des hostilités, cet avertissement incluait le quartier chrétien, situé au nord-ouest de la ville, à proximité des célèbres ruines romaines classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’armée israélienne a justifié cette extension en affirmant avoir « identifié l’activité de dizaines d’opérateurs du Hezbollah à l’intérieur du quartier chrétien », sans fournir de preuve à l’appui de cette allégation.

Un exode massif vers le nord

À la suite de cet ordre, de nombreux habitants du quartier chrétien et d’autres secteurs de Tyr ont pris la fuite, provoquant d’importants embouteillages sur les axes routiers menant vers le nord. Les abris d’urgence se sont rapidement remplis, et des équipes de secours ont été dépêchées pour évacuer les personnes âgées, ont indiqué les autorités libanaises. Jusqu’à ces derniers jours, le quartier chrétien avait été épargné par les bombardements et servait souvent de refuge aux déplacés des autres parties de la ville lors des précédents cycles de violence.

Une trêve américaine déjà rompue

Ces frappes interviennent dans un contexte de fragilité extrême de l’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis entre Israël et le Liban au mois d’avril. Après des semaines de violations, les deux pays étaient convenus la semaine dernière, lors de discussions à Washington, de renouveler cette trêve. Mais cette initiative n’a pas été acceptée par le Hezbollah, qui a exigé un retrait complet des forces israéliennes du sud du Liban avant toute suspension des hostilités. L’organisation chiite, qui constitue la principale force armée du pays et sur laquelle le gouvernement libanais n’a pas d’autorité effective, a poursuivi ses tirs de roquettes et de drones vers le nord d’Israël. Mardi, elle a revendiqué des attaques contre un site militaire israélien à Maroun al-Ras et contre des troupes près de Qantara et Zawtar al-Sharqiyeh.

L’ombre de l’Iran

Les opérations israéliennes au Liban sont également au cœur des tensions avec l’Iran. Dimanche, l’armée israélienne avait frappé un centre de commandement du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, tuant deux personnes. Téhéran a qualifié cette attaque de « franchissement de toutes les lignes rouges » et a lancé une trentaine de salves de missiles balistiques vers Israël, affirmant viser des bases aériennes et la raffinerie de Haïfa. L’armée israélienne a indiqué que tous ces projectiles avaient été interceptés. En représailles, Israël a mené deux vagues de bombardements en Iran, ciblant des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique, tuant deux officiers des forces de défense aérienne iraniennes.

Lundi, le commandement des forces armées iraniennes avait annoncé la suspension de ses opérations militaires, tout en avertissant qu’il prendrait des « mesures plus sévères et écrasantes » si Israël poursuivait ses attaques, notamment au Liban. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a pour sa part déclaré que son pays observait un cessez-le-feu « pour le moment », mais que la lutte contre l’Iran et le Hezbollah n’était « pas terminée ». Il a prévenu qu’Israël répliquerait « avec une force écrasante » à toute nouvelle attaque iranienne. Un responsable israélien a précisé que l’arrêt des frappes sur l’Iran avait été décidé à la demande du président américain.

Un obstacle aux négociations de paix

L’enlisement du conflit libanais complique considérablement les efforts de l’administration Trump pour parvenir à un accord mettant fin à la guerre des États-Unis contre l’Iran. Téhéran exige que toute négociation inclue un arrêt des hostilités au Liban, tandis qu’Israël refuse de lier les deux théâtres. La poursuite des combats, malgré la médiation américaine, illustre la difficulté à stabiliser la région.

Un lourd bilan humain

Selon le ministère libanais de la Santé, au moins 3 666 personnes ont été tuées au Liban depuis le début du conflit le 2 mars, lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes en représailles à une frappe israélienne ayant tué le guide suprême iranien. Côté israélien, les autorités font état de 30 soldats et quatre civils tués des deux côtés de la frontière.