L'étau se resserre sur le groupe Altrad, leader français du matériel pour le bâtiment et les travaux publics. Mi-juin, plusieurs dizaines d'enquêteurs de l'Office national antifraude (Onaf), le service d'enquête judiciaire du ministère de l'Économie et des Finances, ont investi le siège montpelliérain de l'entreprise, ainsi qu'une filiale située dans la banlieue lyonnaise et les résidences de deux hauts cadres. L'administration fiscale réclame au groupe 331 millions d'euros, dans le cadre d'une procédure pénale pour fraude fiscale aggravée et blanchiment.

Un montage offshore à Dubaï

Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, Altrad aurait recouru à un montage financier complexe basé à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Ce dispositif aurait permis de dissimuler une partie des bénéfices du groupe et d'échapper à l'impôt en France. Les sommes ainsi soustraites au fisc français auraient, en partie, été réinvesties dans le sponsoring sportif. L'entreprise est notamment connue pour être partenaire officiel du XV de France de rugby, une des équipes nationales les plus médiatisées.

Un groupe aux multiples activités

Avec un chiffre d'affaires annuel de 6 milliards d'euros, Altrad emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes et s'est imposé comme un acteur incontournable du BTP en France et à l'international. Fondé dans les années 1980 par Mohed Altrad, le groupe s'est développé par acquisitions successives, notamment dans l'échafaudage, le béton ou encore la fourniture de matériels de chantier. Cette expansion rapide avait déjà suscité l'attention des autorités fiscales.

Une enquête qui s'accélère

L'opération du 16 juin 2026, coordonnée par l'Onaf sous l'autorité de la justice, marque une accélération significative de la procédure. Les perquisitions ont permis de saisir des documents comptables et informatiques susceptibles d'étayer les soupçons de fraude. Les investigations portent sur une période de plusieurs années, durant laquelle le groupe aurait minimisé ses impôts grâce à des transferts de fonds vers des entités offshore.

Des conséquences potentielles

Si les faits étaient confirmés, Altrad pourrait devoir s'acquitter d'une somme record, qui figure parmi les plus élevées jamais réclamées à une entreprise française dans le cadre d'une procédure pénale fiscale. Au-delà de l'aspect financier, cette affaire expose le groupe à un risque réputationnel important, alors que son dirigeant fondateur est une figure de la réussite entrepreneuriale en France. L'entreprise n'a pas encore communiqué officiellement sur le montant de la réclamation, mais des sources proches du dossier indiquent qu'elle conteste les chiffres avancés par l'administration.

L'enquête se poursuit sous la supervision du parquet national financier, qui devra déterminer si des poursuites pénales doivent être engagées contre les dirigeants ou l'entité elle-même. L'affaire pourrait prendre plusieurs mois, voire années, avant d'aboutir à un éventuel procès.