Un projet de transparence en ligne intitulé « Build a Cult » a mis en ligne une base de données recensant 222 membres présumés de « Dialog », un cercle privé et confidentiel fondé par l’entrepreneur et investisseur Peter Thiel. Selon les informations publiées sur le site, l’organisation se réunit de manière discrète depuis environ vingt ans, et son sommet annuel s’est tenu en août 2026 dans un hôtel situé près de Dublin. Les participants auraient acquitté un droit d’inscription d’au moins 16 000 dollars par personne.

Parmi les 122 membres dont l’identité a été confirmée par les auteurs du projet figurent des personnalités aussi diverses que le sénateur républicain du Texas Ted Cruz, le sénateur démocrate du New Jersey Cory Booker, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, le secrétaire à l’Armée Dan Driscoll, l’ancien secrétaire au Trésor Lawrence Summers ou encore les milliardaires Elon Musk et Reid Hoffman. L’actrice Sophia Bush et l’entrepreneur Bryan Johnson sont également cités.

La fortune combinée des membres documentés est estimée à environ 1 360 milliards de dollars (1,36 billion), à partir de données tirées du Forbes Real-Time Billionaires Index, du Bloomberg Billionaires Index, de documents déposés auprès de la SEC et de rapports publics.

Des conflits d’intérêts potentiels mis en lumière

Le projet « Build a Cult » a croisé les noms des participants avec leurs fonctions publiques ou privées afin de faire apparaître des situations où régulateurs et régulés se côtoyaient au sein de ce réseau informel. Plusieurs exemples sont documentés.

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent figure aux côtés d’Auren Hoffman, dirigeant d’une importante société de courtage en données. Selon des informations issues d’une enquête de WIRED, cette entreprise de courtage de données grand public évolue dans le même champ que les règles financières édictées par le département dirigé par Bessent.

De la même manière, le sénateur Ted Cruz, qui préside une commission supervisant la Federal Trade Commission (FTC), apparaît dans les mêmes listes qu’Auren Hoffman — dont les sociétés de courtage de données relèvent de l’autorité de la FTC en matière de protection des données personnelles.

Le secrétaire à l’Armée Dan Driscoll est listé aux côtés de Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir et associé chez 8VC. Or Palantir est un fournisseur majeur de logiciels pour le Pentagone, et l’armée de terre américaine constitue l’une des branches qui acquièrent des technologies de défense auprès de ce type de fournisseurs.

Un agenda révélé par le projet d’enquête

Le site a également publié les titres des sessions programmées lors de la retraite 2026 du groupe Dialog. Parmi elles figurent des thématiques comme « L’argent (peut-il ?) acheter le bonheur », « Ramener le nucléaire », « Naviguer la troisième guerre mondiale », « Technologies de champ de bataille », « Comment va votre vie sexuelle ? », « Construire un culte » ou « Construire un parti ». Aucun détail supplémentaire sur le contenu de ces ateliers n’est disponible.

Les auteurs de « Build a Cult » précisent que leur travail est un projet de recherche et de transparence qui organise des informations publiquement disponibles. Ils indiquent que toute affirmation factuelle s’appuie sur des sources crédibles nommément citées, et que les opinions et analyses sont explicitement identifiées comme telles. La liste elle-même repose sur des documents auxquels les chercheurs ont eu accès, sans recourir au Freedom of Information Act.

Un fonctionnement opaque depuis deux décennies

D’après les données du site, sur les 222 participants, aucun n’a utilisé son adresse électronique gouvernementale pour s’inscrire. Tous auraient eu recours à des adresses personnelles. Le caractère confidentiel des échanges est présenté comme un principe de fonctionnement depuis la création du cercle, il y a une vingtaine d’années.

Le projet « Build a Cult » propose un accès libre à l’ensemble des données collectées, accompagné d’un moteur de recherche, d’une section sur la fortune estimée de chaque membre et d’une page regroupant les conflits documentés. Les créateurs du site affirment vouloir informer le public sur les liens entre hyper-riches et décideurs politiques, sans prétendre établir l’existence d’actes illicites.

Cette publication intervient alors que les débats sur la régulation de l’intelligence artificielle, des données personnelles et des technologies de défense sont particulièrement vifs aux États-Unis. Le fait que des responsables en charge de ces sujets aient participé à un forum privé avec des acteurs économiques directement concernés relance les questions sur l’influence et la transparence des processus décisionnels.