Le réseau « Dialog », un club privé et confidentiel cofondé par le milliardaire Peter Thiel et le courtier en données Auren Hoffman, se retrouve sous les projecteurs après une fuite de données massives. Des documents internes, obtenus par un média américain via une source anonyme, révèlent les coulisses de cette organisation qui recrute sur invitation exclusive des personnalités influentes des sphères politique, économique, militaire et intellectuelle.

Un système de notation secret

Parmi les informations divulguées figure un système de notation codé qui classe les participants potentiels ou membres en catégories A, B et C. Selon les fichiers consultés, le grade « C » est réservé aux personnalités les plus célèbres et influentes – seule une personne sur sept le détient. La grande majorité des 192 dossiers examinés (141) se voit attribuer un « B ». Le grade « A », à l’opposé, semble destiné à des membres plus anciens et établis, jugés moins notables par l’organisation.

Ces évaluations ne se limitent pas à une simple hiérarchie : elles sont accompagnées de notes détaillées. Par exemple, l’acteur Josh Brolin, qui n’a jamais participé à une retraite de Dialog, est classé VIP en raison de sa notoriété – son interprétation de Thanos dans les films Avengers et ses 3,4 millions d’abonnés sur Instagram sont explicitement mentionnés. À l’inverse, l’économiste Tyler Cowen s’est vu refuser le statut VIP « C » par l’outil d’intelligence artificielle du club, qui estimait qu’il n’était pas à la tête d’une organisation « dont le nom est connu du grand public ». Les équipes de Dialog ont toutefois annulé cette décision par la suite.

Des données personnelles exposées

La fuite ne se limite pas à ces classements. Les enregistrements internes contiennent les informations personnelles de près de 200 personnes figurant sur la liste des invités à la retraite annuelle de l’été à venir. Cela inclut adresses personnelles, numéros de téléphone privés, adresses électroniques, dates de naissance, photos, contacts d’urgence, allergies alimentaires et, dans certains cas, des orientations politiques fournies volontairement par les membres.

La fuite a été signalée par maia arson crimew, une journaliste et chercheuse en sécurité suisse déjà connue pour avoir révélé la « Liste d’interdiction de vol » (No Fly List) américaine en 2023. Il s’agit d’une base de données distincte d’une autre liste, laissée exposée sur le site web de Dialog plus tôt dans la semaine, qui incluait des non-membres comme le gouverneur du Maryland, Wes Moore, un ancien intervenant.

Un club d’élite aux activités variées

Fondé en 2006, Dialog se présente comme une « communauté sur invitation uniquement ». Selon un document interne partagé par un ancien participant, le réseau compterait « plus de 1 000 membres payants » et plus de 2 500 personnes auraient assisté à ses retraites annuelles. Ces retraites, qui réunissent environ 200 personnes pendant trois à quatre jours, ne sont pas réservées aux seuls membres. Pour août prochain, des participants sont attendus près de Dublin, en Irlande, pour deux jours de discussions sur l’intelligence artificielle, la géopolitique et la guerre moderne, avec des intervenants tels que d’anciens et actuels parlementaires, diplomates et responsables de la sécurité nationale.

Dialog propose également des dîners privés, des voyages dits « treks mondiaux », un service de conciergerie et un groupe de discussion privé. Les membres y sont appelés « dialogers ».

Transparence et confidentialité remises en cause

Cette fuite jette un éclairage cru sur les méthodes de recrutement et de gestion d’un réseau qui privilégiait jusqu’alors une discrétion absolue. La divulgation de données personnelles sensibles et d’un système de notation subjectif pourrait soulever des questions sur la confidentialité et l’éthique de telles pratiques au sein des cercles d’influence.