Les autorités iraniennes ont entamé ce vendredi 4 juillet une série de cérémonies funéraires de six jours en l'honneur de l'ayatollah Ali Khamenei, décédé dans la première salve de la guerre de quarante jours déclenchée le 28 février par les États-Unis et Israël. L'événement, dont l'ampleur dépasse selon les organisateurs celle des obsèques de l'ayatollah Khomeini en 1989, est présenté par le régime comme une démonstration de force et un référendum sur l'avenir de la République islamique.

Une mise en scène titanesque Le corps de l'ancien guide suprême a été exposé pendant trois jours dans une salle de prière de la taille d'un stade, au cœur de Téhéran, entouré de tulipes rouges. Les autorités prévoient l'afflux de jusqu'à 20 millions de personnes durant les six jours de deuil, mobilisant des milliers d'autobus pour acheminer les fidèles depuis l'ensemble du territoire. Les employés publics de la capitale ont obtenu des jours de congé, les hôtels ont réduit leurs tarifs de moitié, et les commerces ont été sollicités pour fournir des tonnes de viande et de riz. Des tentes d'approvisionnement bordent le parcours du cortège. Des chanteurs populaires, habituellement connus pour leurs ballades d'amour, ont composé des élégies à la demande des autorités.

Le cortège funèbre doit traverser Téhéran avant de se rendre à Qom, centre des séminaires religieux, situé à 150 kilomètres au sud. Les restes de Khamenei seront ensuite transportés vers les grandes villes saintes chiites d'Irak, notamment Kerbala, où est enterré l'imam Hussein, afin de souligner l'influence régionale acquise par l'Iran sous son règne. Un ultime vol emmènera le corps à Machhad, sa ville natale et lieu de sépulture, à près de 1 900 kilomètres à l'est.

Un boycott massif et des absences remarquées Malgré cette débauche de moyens, une large partie de la population semble se tenir à l'écart. Un ancien haut responsable du régime estime que seuls 2 à 5 millions des 92 millions d'Iraniens restent fidèles au pouvoir en place. Pour le reste, Khamenei était un autocrate qui s'est maintenu par la répression. Les routes quittant la capitale seraient engorgées, signe d'un exode volontaire. Certains habitants prévoient de passer la journée dans des cafés, si les autorités les autorisent à ouvrir. « Sans Khamenei, tout semble meilleur », confie un étudiant de Machhad.

La cérémonie est également marquée par l'absence totale de l'héritier désigné, Mojtaba Khamenei. Celui-ci, nommé à la hâte successeur dans le chaos de la guerre, n'a pas été vu ni entendu depuis la mort de son père. Il porte le turban de clerc, mais il a passé davantage de temps dans les couloirs du pouvoir que dans les séminaires. Considéré comme un magnat de l'immobilier, il n'a toujours pas publié le traité savant exigé pour être reconnu comme grand ayatollah. De plus, le testament de l'ancien guide suprême, qui dénonçait souvent le pouvoir dynastique, n'a pas été divulgué. Le triumvirat d'au moins deux clercs prévu par la Constitution pour la transition est lui aussi absent.

Un contexte de guerre et de contestation La mise en scène des funérailles vise à réécrire le récit autour de la guerre de quarante jours. Sur des panneaux d'affichage, la bataille de Kerbala, mythe fondateur du chiisme, est réinterprétée avec les visages de Khamenei, de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou superposés à ceux des protagonistes originaux. Les drapeaux noirs accrochés par les fidèles pour Achoura, la commémoration annuelle du martyre d'Hussein, sont restés en place pour les obsèques.

Toutefois, la volonté du régime de transformer l'événement en plébiscite se heurte à la réalité d'une société profondément divisée. Les partisans du pouvoir espèrent que l'afflux de foules organisées donnera une image de force, mais l'absence de l'héritier désigné et le boycott silencieux d'une majorité d'Iraniens risquent de révéler les fragilités d'un système en pleine transition, sous le choc de la guerre et des frappes étrangères.

Des délégations étrangères présentes Des responsables et dirigeants de plusieurs pays, notamment de Russie et du Pakistan, ont été aperçus à Téhéran pour rendre hommage à l'ancien guide suprême, selon des images diffusées depuis la capitale iranienne. La présence de ces délégations est mise en avant par les autorités comme un signe de la reconnaissance internationale du régime, alors que l'Iran traverse l'une des périodes les plus critiques de son histoire depuis la révolution de 1979.