La Coupe du monde 2026, qui débutera le 11 juin, sera la plus démesurée de l'histoire : plus de pays participants, plus de matchs, plus de recettes. Un format à l'image de la politique menée depuis dix ans par l'homme qui préside aux destinées du football mondial, Gianni Infantino. Plusieurs enquêtes et éditoriaux brossent un portrait sans complaisance du dirigeant italo-suisse, le décrivant comme un « empereur du foot business » et l'incarnation des dérives d'un sport devenu une machine à cash.
Un ami des puissants
Gianni Infantino a fait du rapprochement avec les puissants une marque de fabrique. Il inaugurera la Coupe du monde 2026 aux côtés de Donald Trump, une relation qu'il affiche ostensiblement. Des observateurs soulignent que le patron de la Fifa « ressemble beaucoup à Trump » dans sa méthode de gouvernement, faite de concentration du pouvoir et de recherche de rentes. Infantino a tissé un réseau tentaculaire d'amitiés et d'obligés, en particulier sur le continent africain, où il a su noyauter les fédérations nationales grâce à une fine lecture des rapports de force et à des déplacements fréquents sur le terrain.
Un bilan contesté
Arrivé à la tête de la Fifa en 2016, Gianni Infantino a perpétué et accéléré la politique ultracapitalistique déjà engagée par ses prédécesseurs. Sous sa direction, l'organisation a multiplié les compétitions et les partenariats commerciaux, faisant fructifier les affaires pour enrichir les fédérations nationales, mais surtout pour asseoir son propre pouvoir. Cette stratégie, si elle a dopé les revenus de la Fifa, a aussi suscité de vives critiques, certains estimant qu'elle risque de « dégoûter les amoureux du ballon rond ». Malgré des polémiques répétées, Infantino est parvenu à se maintenir en poste pendant une décennie, consolidant une emprise sans partage sur l'instance dirigeante du football mondial.
Un réseau africain patiemment tissé
L'influence de Gianni Infantino s'étend particulièrement en Afrique, où il a multiplié les déplacements pour tisser des liens personnels avec les dirigeants des 54 associations du continent. Cette stratégie de proximité, doublée d'une capacité à lire et exploiter les rapports de force locaux, lui a permis de s'assurer un bloc de soutiens solides au sein de la Fifa. Ce réseau d'affidés et d'obligés constitue l'un des piliers de son pouvoir, lui garantissant des majorités lors des votes et une marge de manœuvre considérable pour imposer ses réformes.
La Coupe du monde 2026 comme point d'orgue
L'édition 2026 de la Coupe du monde, qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, représente le point d'orgue de la première décennie de présidence d'Infantino. Le Mondial sera le premier à réunir 48 équipes, contre 32 auparavant, et promet des recettes records. Les critiques y voient la matérialisation d'une vision dans laquelle le football est avant tout une affaire commerciale, au détriment de l'esprit sportif. La présence de Donald Trump lors de la cérémonie d'ouverture symbolise, pour beaucoup, l'alliance entre le pouvoir sportif et le pouvoir politique, dans une logique de puissance et d'influence mutuelle.
Un avenir sous tension
Alors que la compétition s'apprête à débuter, Gianni Infantino fait face à des défis de taille. Au-delà des critiques sur sa gouvernance, il devra gérer les tensions géopolitiques liées à l'organisation d'un événement planétaire, ainsi que les interrogations sur la soutenabilité d'un modèle qui pousse toujours plus loin la marchandisation du football. Sa capacité à rester à la tête de la Fifa au-delà de ce Mondial reste un sujet de spéculation, mais son emprise sur l'institution semble, pour l'heure, inébranlable.