La fin annoncée des contournements pour uBlock Origin
Google achève la transition vers Manifest V3 en supprimant les derniers réglages qui permettaient encore de faire fonctionner uBlock Origin dans sa version classique sur Chrome. D'après un fil de discussion technique ouvert mi-mai dans le dépôt GitHub du WebExtensions Community Group, les versions 150 et 151 de Chromium retireront progressivement tout le code lié à Manifest V2, rendant caduques les astuces de registre Windows, les politiques d'entreprise et les flags internes qui servaient de roue de secours.
Un calendrier désormais sans échappatoire
Chrome 149 est la dernière version à conserver un support complet de Manifest V2 et de l'API blocking webRequest, indispensable au fonctionnement d'uBlock Origin. Avec Chrome 150, le drapeau kExtensionManifestV2Disabled a déjà été supprimé, interdisant l'installation d'extensions Manifest V2 depuis le Chrome Web Store. Chrome 151 fera disparaître les options restantes, y compris celles qui permettaient de charger ces extensions via le mode développeur. Google a précisé que tout ne disparaîtrait pas d'un seul coup, mais l'échéance est désormais inéluctable pour les dizaines de millions d'utilisateurs concernés.
Des implications pour tous les navigateurs basés sur Chromium
Edge, Opera, Brave et Vivaldi, tous fondés sur Chromium, doivent composer avec cette évolution. Microsoft a déjà connu une disparition temporaire d'uBlock Origin sur Edge avant de le réintégrer sans garantie de maintien durable. Opera, qui avait promis un soutien prolongé, a invité les développeurs à migrer vers Manifest V3. Brave maintient sa volonté de conserver uBlock Origin, AdGuard AdBlocker, NoScript et uMatrix, tandis que Vivaldi mise sur ses fonctions intégrées. Seul Firefox, qui continue de supporter les deux versions de Manifest, offre une alternative pérenne.
Les raisons invoquées et les enjeux de fond
Google justifie cette transition par des impératifs de sécurité et de performance, soulignant que des bugs liés à Manifest V2 ont récemment été découverts. L'API blocking webRequest, qui permet aux extensions d'intercepter l'intégralité du trafic réseau, constitue une surface d'attaque non négligeable. Cependant, le nouveau cadre déclaratif (declarativeNetRequest) limite le nombre de règles de filtrage et bride les techniques anti-contournement les plus efficaces, ce qui affaiblit considérablement les bloqueurs de publicité. Tim Sweeney, fondateur d'Epic Games, a accusé Google d'utiliser sa domination sur les navigateurs pour consolider son monopole publicitaire. En Europe, Chrome étant un service pivot désigné au titre du DMA, le débat sur l'autopréférence s'inscrit dans ce contexte réglementaire.
Les options pour les utilisateurs
Pour ceux qui souhaitent conserver un blocage complet, plusieurs voies demeurent ouvertes : passer à Firefox, adopter Brave ou Vivaldi, ou se tourner vers uBlock Origin Lite, l'extension allégée conçue pour Manifest V3. Son créateur Raymond Hill la présente lui-même comme une version sacrifiant une partie de ses fonctionnalités, avec un filtrage qui peut nécessiter une autorisation site par site. L'arbitrage pour les utilisateurs de Chrome se résume désormais à changer de navigateur ou à accepter des bloqueurs moins performants.