Google a intenté une action en justice, vendredi 12 juin, contre un réseau de cybercriminalité basé en Chine, l’accusant d’avoir exploité son intelligence artificielle Gemini afin de déployer des campagnes d’escroquerie financière à grande échelle. Dans une plainte déposée devant le tribunal fédéral du district sud de New York, l’entreprise demande une mesure conservatoire permettant aux autorités et à ses équipes de neutraliser cette infrastructure.

Le réseau, désigné sous le nom d’Outsider Enterprise, aurait utilisé Gemini pour fabriquer 131 kits logiciels, eux-mêmes employés pour créer des milliers de pages web factices. Ces sites imitaient des entreprises légitimes comme Google ou YouTube, ainsi que des services publics tels que la Poste américaine ou le système de télépéage E‑ZPass de l’État de New York.

Des messages frauduleux massifs

Selon les éléments rassemblés par Google, sur une période de deux semaines au mois de mai, le groupe a expédié 2,5 millions de messages vers des téléphones fonctionnant sous Android. Chaque message renvoyait vers l’un des 9 000 sites frauduleux ou vers plus d’un million d’adresses internet compromises. L’entreprise estime que des centaines de milliers de personnes ont été touchées, en très grande majorité aux États-Unis, et que le préjudice s’élève à plusieurs millions de dollars.

La plainte indique que les membres du réseau se coordonnaient via l’application de messagerie Telegram pour échanger des conseils et diffuser des kits logiciels permettant de produire en série des messages d’escroquerie sur différentes plateformes de communication.

Une première collaboration avec le FBI et les opérateurs téléphoniques

Pour la première fois, Google affirme travailler main dans la main avec le Federal Bureau of Investigation (FBI) et des opérateurs de téléphonie mobile, dont AT&T, T‑Mobile et Verizon, afin de démanteler le réseau. « Cette action en justice et cet effort coordonné sont une première et témoignent de l’ampleur de l’impact de cette fraude particulière », a déclaré Halimah DeLaine Prado, directrice juridique de Google.

Brett Leatherman, directeur adjoint de la division Cyber du FBI, a souligné dans un communiqué que « les criminels utilisent de plus en plus l’intelligence artificielle pour rendre ce type de fraude plus convaincante et plus difficile à détecter ».

L’IA, accélérateur d’escroqueries

Google considère que l’intelligence artificielle a considérablement amplifié le problème des arnaques en ligne. Selon des données du FBI, les cybercriminels ont soutiré près de 21 milliards de dollars aux Américains l’année dernière, dont environ 893 millions de dollars de pertes liées directement à l’usage de l’IA. L’entreprise craint une recrudescence des fraudes utilisant Gemini ou d’autres outils similaires.

En accusant formellement Outsider Enterprise d’avoir détourné sa technologie et sa marque à des fins illicites, Google espère obtenir les moyens judiciaires de couper les serveurs et les domaines utilisés par le réseau, tout en dissuadant d’autres groupes de suivre la même voie.