Google a engagé une action en justice sans précédent contre un réseau de cybercriminels basé en Chine, accusé d'utiliser son assistant d'intelligence artificielle Gemini pour orchestrer des escroqueries massives. La plainte, déposée devant le tribunal de district du sud de New York, cible le groupe connu sous le nom d'Outsider Enterprise, qui aurait mis à profit l'IA générative pour amplifier ses activités frauduleuses.
Selon les documents judiciaires, ce réseau aurait utilisé Gemini pendant une période de deux semaines en mai pour générer des centaines de sites web frauduleux imitant des marques et institutions reconnues. Parmi les cibles figurent des services aussi variés que Google lui-même, YouTube, le service postal américain (USPS) ou encore le système de péage électronique E-ZPass de New York. Les autorités estiment que ce choix n'est pas anodin : ces services sont familiers au grand public, qui les consulte souvent rapidement depuis un smartphone, sans éveiller la méfiance.
Les chiffres rapportés sont vertigineux. Le groupe criminel aurait diffusé 2,5 millions de messages à destination d'utilisateurs d'appareils Android, contenant des liens vers plus de 9 000 sites web frauduleux et plus d'un million d'adresses internet falsifiées. La coordination de ces opérations se faisait via Telegram, une messagerie chiffrée devenue un outil privilégié pour le crime organisé en ligne.
Une première action coordonnée
Cette plainte marque une première pour Google, qui a choisi de coordonner son action en justice en collaboration simultanée avec le FBI et trois des plus grands opérateurs téléphoniques américains : AT&T, T-Mobile et Verizon. Cette approche inédite reflète l'ampleur et la sophistication de la menace.
Les enquêteurs estiment que le préjudice global imputable à Outsider Enterprise depuis juillet 2023 atteint 1,9 milliard de dollars à l'échelle internationale. Ce montant s'inscrit dans un phénomène plus large : selon le rapport annuel du FBI publié par l'Internet Crime Complaint Center (IC3), les cybercriminels ont escroqué les Américains de près de 21 milliards de dollars l'année dernière. Sur cette somme, environ 893 millions de dollars de pertes sont directement liés à des arnaques utilisant des outils d'intelligence artificielle.
Contexte géopolitique et sécuritaire
Cette affaire intervient dans un climat où la Chine et ses partenaires sont déjà identifiés comme responsables de 58 % des attaques étatiques contre le secteur technologique, selon des données récentes. Si le groupe Outsider Enterprise n'est pas présenté comme une entité étatique, l'utilisation d'outils technologiques avancés par des criminels basés en Chine soulève des questions sur les moyens de lutte contre ces réseaux transfrontaliers.
Pour Google, cette action en justice vise à envoyer un signal fort. En utilisant l'IA générative, les criminels ont pu automatiser la création de contenus frauduleux convaincants à une échelle difficilement envisageable auparavant. Les autorités américaines, de leur côté, multiplient les efforts pour endiguer ce phénomène, notamment en renforçant la coopération entre les forces de l'ordre et les entreprises technologiques.
Les investigations se poursuivent, mais cette plainte pourrait faire jurisprudence dans la lutte contre le détournement des intelligences artificielles à des fins criminelles.