Le fabricant de caméras embarquées GoPro a officiellement mis en garde contre un « doute substantiel quant à sa capacité à poursuivre son exploitation », une menace directe sur sa pérennité liée à l'explosion des coûts de la mémoire vive provoquée par la demande en intelligence artificielle (IA).

L'entreprise a enregistré une chute de 26 % de son chiffre d'affaires au premier trimestre et anticipe une violation de plusieurs clauses de ses emprunts bancaires, a-t-elle indiqué. L'action a chuté de 14 % dans la foulée de cette annonce. La cause principale est l'augmentation de 80 % à 115 % des prix des composants mémoire, qui a « significativement impacté » ses prévisions de résultats.

La mémoire, une ressource devenue critique et coûteuse

Cette flambée des prix trouve son origine dans un rééquilibrage de la production mondiale. Les trois principaux fabricants de mémoire vive (Samsung, SK Hynix et Micron) ont considérablement redirigé leurs capacités de production de tranches de silicium vers la mémoire à haute bande passante (HBM), un composant essentiel aux serveurs dédiés à l'IA. Les marges sur la HBM atteignent 70 % ou plus, contre 20 % à 30 % pour la mémoire vive grand public (DRAM). Face à ce différentiel de rentabilité, les géants de la mémoire ont choisi de servir les clients les plus lucratifs, à savoir les opérateurs de centres de données.

En avril, les fournisseurs de GoPro ont averti l'entreprise d'une réduction programmée de l'offre de mémoire, aggravant encore ses perspectives de ventes. Contrairement à Apple, qui peut négocier des contrats trimestriels et répercuter la hausse des coûts sur des téléphones vendus plus de 1 000 dollars, GoPro, dont le chiffre d'affaires est inférieur au milliard de dollars, vend des appareils entre 300 et 500 dollars. La mémoire y représente un poste de coût crucial pour le stockage de vidéos haute résolution, et son doublement rend le produit non rentable.

Des difficultés financières immédiates

La situation financière de GoPro est tendue. L'entreprise a déjà obtenu des dérogations de la part de son prêteur après avoir manqué à ses engagements. Elle ne s'attend pas à disposer de liquidités suffisantes pour honorer ses obligations si les clauses de défaut étaient activées et la dette exigible. Sa structure de financement repose sur une facilité de second rang de 50 millions de dollars accordée par Farallon Capital Management ainsi que sur une ligne de crédit renouvelable dont Wells Fargo est l'agent.

Face à cette impasse, GoPro a mandaté des conseillers pour évaluer des « alternatives stratégiques », parmi lesquelles figurent une potentielle vente ou fusion. L'entreprise explore également des opportunités dans les secteurs de la défense et de l'aérospatiale, afin de conquérir « de nouveaux marchés et de nouvelles catégories de produits ». Parallèlement, elle a déjà annoncé en avril son intention de supprimer 23 % de ses effectifs mondiaux.

Un contexte plus large de crise de la mémoire

Cette situation n'est pas un cas isolé. L'ensemble de l'électronique grand public est touché. Par exemple, le prix du PC mini ROG NUC 16 d'Asus a augmenté de 1 200 dollars par rapport au modèle de l'année précédente, en partie à cause du prix de la mémoire DDR5. Dell a déjà augmenté les prix de ses ordinateurs portables de 15 % à 20 % en décembre. Apple, bien que mieux armé, a accepté de payer une prime de 100 % sur les puces LPDDR5X fournies par Samsung. Ces grands acteurs peuvent absorber ces coûts, ce qui n'est pas le cas de GoPro.

Le seul espoir de soulagement à court terme proviendrait de Chine. La mémoire DRAM du fabricant chinois ChangXin Memory Technologies (CXMT) a été repérée dans des kits DDR5 de la marque Corsair. Cependant, CXMT prévoit également de convertir 20 % de sa capacité à la production de HBM, tant les marges sont attrayantes. La pénurie de mémoire grand public est donc structurelle et non cyclique, aggravant encore les perspectives des entreprises dépendantes de ces composants, comme GoPro.