Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) a tenté de clarifier, vendredi 29 mai, la portée de son annonce de la semaine précédente concernant l'obligation pour certains immigrés de retourner dans leur pays d'origine pour obtenir leur carte verte. Selon un porte-parole du DHS, il ne s'agit pas d'un changement généralisé, mais d'un simple rappel aux agents du pouvoir discrétionnaire dont ils disposent déjà au cas par cas.
Cette mise au point intervient après la publication, le 22 mai, d'un communiqué de l'Agence des services de citoyenneté et d'immigration (USCIS) indiquant que les demandeurs de résidence permanente devraient désormais quitter les États-Unis et attendre depuis l'étranger, sauf circonstances « exceptionnelles ». Cette annonce avait suscité une onde de choc parmi les avocats spécialisés, les entreprises et les familles concernées.
Un revirement partiel
Le porte-parole du DHS, qui s'est exprimé sans être nommé, a précisé que les agents conservent leur liberté d'appréciation et que seuls certains profils pourraient être contraints de partir, notamment les personnes en situation de visa expiré ou originaires de pays dont les citoyens ont un recours élevé aux aides publiques. Un haut responsable de la Maison-Blanche a confié, sous couvert d'anonymat, que cette directive était conçue comme une « mesure de gestion interne » et non comme un changement de stratégie.
Selon plusieurs avocats, des clients ont déjà été interrogés par des agents de l'USCIS sur les raisons pour lesquelles ils déposent leur demande depuis les États-Unis plutôt que depuis leur pays d'origine. « La polémique a visiblement obligé l'administration à tenter de réparer les dégâts », a commenté Sarah Pierce, ancienne responsable de l'USCIS et directrice des politiques sociales au sein du groupe centriste Third Way. Elle a dénoncé une « priorité donnée à la surprise et à l'intimidation plutôt qu'à l'intérêt du pays ».
Réactions des milieux juridiques et économiques
Benjamin Johnson, directeur exécutif de l'American Immigration Lawyers Association, a estimé qu'il est « plus difficile de savoir quoi contester en justice quand on ignore ce qu'est réellement cette mesure ». Il a jugé prématuré de déterminer la meilleure voie de recours. De son côté, Neil Bradley, vice-président exécutif et responsable des politiques de la Chambre de commerce des États-Unis, a salué les efforts de l'administration pour réduire l'immigration illégale, mais a prévenu que le changement envisagé pourrait être « extrêmement perturbateur pour les employeurs ».
Impact potentiel sur les demandeurs
En 2024, environ 1,4 million de cartes vertes ont été délivrées, dont quelque 820 000 via la procédure dite d'« ajustement de statut », qui permet aux immigrés déjà présents sur le sol américain de déposer leur demande. Cette voie concerne surtout les personnes parrainées par un employeur ou un proche (conjoint, parent). Les experts estiment que l'obligation de quitter le territoire toucherait en priorité les immigrés familiaux, souvent dépourvus de visa de travail sous-jacent.
Doug Rand, ancien haut fonctionnaire de l'USCIS sous l'administration précédente, a souligné que les personnes ayant dépassé la durée de validité de leur visa s'exposeraient, en quittant les États-Unis, à une interdiction de retour de dix ans. « Leur intention est clairement de cibler cette catégorie », a-t-il affirmé.
Si l'administration insiste sur le caractère limité de la mesure, les contours exacts restent flous, alimentant l'incertitude parmi les demandeurs et leurs conseils. Les organisations patronales redoutent également des conséquences pour les travailleurs hautement qualifiés détenteurs de visas H-1B ou autres, qui patientent parfois des années avant d'obtenir leur résidence permanente.