Un rapprochement inattendu après des années de tensions

La Hongrie et l'Ukraine ont franchi une étape majeure dans leurs relations bilatérales. Peter Magyar, investi premier ministre en mai, a annoncé la conclusion d'un accord sur les droits de la minorité hongroise installée dans l'ouest de l'Ukraine, en Transcarpatie. Ce compromis, présenté comme « historique » par le chef du gouvernement hongrois, ouvre la voie à l'ouverture des premières négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.

Sous l'ère de Viktor Orban, battu lors des élections d'avril, Budapest qualifiait régulièrement l'Ukraine d'« empire du mal » et d'« État mafieux ». Le précédent exécutif avait multiplié les accusations, jusqu'à suggérer que Kiev préparait une attaque contre la Hongrie. Cette rhétorique très hostile avait contribué à la défaite électorale d'Orban et gelé tout dialogue sur le dossier ukrainien au sein de l'UE.

Un accord construit en trois semaines

Dans une vidéo publiée sur Facebook, Peter Magyar a affirmé avoir obtenu en « trois semaines ce que Viktor Orban n'a pas réussi à faire en dix ans ». Il a précisé que l'Ukraine s'engageait à garantir un ensemble de droits à sa minorité hongroise, notamment en matière d'éducation et d'usage de la langue maternelle. Une déclaration officielle doit être signée prochainement, et Kiev a promis de mettre en œuvre les mesures dans un avenir proche, a-t-il ajouté.

Magyar a estimé que « 100 000 Hongrois retrouvent des droits fondamentaux ». Toutefois, une partie de ces droits linguistiques existait déjà dans la législation ukrainienne : les minorités nationales peuvent suivre un enseignement dans leur langue, à condition que les matières ukrainiennes (langue, littérature, histoire) soient dispensées en ukrainien.

Ce qui change concrètement

La véritable nouveauté réside dans l'utilisation des langues minoritaires dans l'administration publique. Désormais, lorsque la population d'une localité compte plus de 10 % de membres d'une minorité, les panneaux indicateurs et les bâtiments officiels pourront arborer des inscriptions bilingues. L'administration pourra également interagir avec les administrés dans cette langue. Cette disposition correspond à une exigence de l'Union européenne pour ses États membres, mais sa mise en œuvre par l'Ukraine constitue une avancée concrète.

Par ailleurs, l'accord prévoit le maintien des écoles minoritaires, même lorsque le nombre d'élèves hongrois devient très faible. La population magyare de Transcarpatie a fortement diminué depuis le début de la guerre, les estimations les plus optimistes la situant aujourd'hui autour de 80 000 personnes.

Une position ambiguë de Budapest

Malgré ce tournant, Peter Magyar n'a pas renoncé à toute critique envers Kiev. S'il a dénoncé les discours anti-ukrainiens d'Orban comme des mensonges et des manœuvres de diversion, il a également exclu toute aide militaire à l'Ukraine. Dans le même temps, il a critiqué la Russie. Sa position semble donc plus nuancée que celle de son prédécesseur, mais pas inconditionnellement favorable à l'Ukraine.

Vers l'ouverture des négociations d'adhésion

En levant le veto hongrois, cet accord permet d'envisager l'ouverture des premières négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. Peter Magyar a conditionné cette étape à la mise en œuvre effective des garanties promises par Kiev. Le compromis a été salué comme un pas en avant pour les relations entre les deux voisins, même si certains observateurs en relativisent la portée : plusieurs droits présentés comme nouveaux existaient déjà en théorie, et la mesure sur les langues dans l'administration publique correspond à un standard communautaire. La maintenance des écoles minoritaires répond surtout à une urgence démographique.

Quoi qu'il en soit, ce rapprochement marque un changement notable par rapport à la ligne dure d'Orban et pourrait redessiner la dynamique régionale dans un contexte de guerre en Ukraine.