Les autorités judiciaires hongroises ont mis fin aux poursuites engagées contre le maire de Budapest, Gergely Karacsony, pour avoir organisé la Marche des fiertés en 2025, en dépit d’une interdiction édictée par le gouvernement de Viktor Orbán. L’élu écologiste risquait une sanction financière pour avoir maintenu l’événement.
Une décision de justice en phase avec le droit européen
Le parquet avait ouvert une procédure contre M. Karacsony après qu’il eut refusé de se conformer à l’interdiction de la Pride, décrétée par les autorités nationales dans le cadre d’une loi controversée adoptée en 2021. Cette législation, qui interdit notamment la représentation et la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs, a été utilisée pour empêcher la tenue du rassemblement annuel de la communauté LGBT+.
Le tribunal a clos le dossier sans imposer de sanction, une issue que les observateurs relient à une décision récente de la Cour de justice de l’Union européenne. En avril, la juridiction luxembourgeoise a estimé que la loi hongroise enfreignait les normes européennes en matière de non-discrimination et de liberté d’expression. Bien que l’arrêt de la CJUE ne concerne pas directement les poursuites contre le maire, il a créé un précédent qui a probablement influencé la position de la justice hongroise.
Un bras de fer entre Budapest et le gouvernement Orbán
Gergely Karacsony, figure de l’opposition écologiste, avait fait de la défense des droits LGBT+ l’un de ses chevaux de bataille. En maintenant la Marche des fiertés, il avait défié le gouvernement, qui avait interdit tout rassemblement de ce type sur l’ensemble du territoire. L’élu avait justifié son action par la nécessité de protéger les libertés fondamentales et de résister à ce qu’il qualifiait de « dérive autoritaire » du pouvoir central.
Le gouvernement Orbán, qui mène une campagne conservatrice axée sur les valeurs traditionnelles, avait vivement critiqué la tenue de l’événement. L’exécutif avait menacé de poursuivre les organisateurs, estimant que la parade enfreignait la loi de 2021. La décision du tribunal met un terme à cette affaire, mais elle ne remet pas en cause la législation elle-même, qui reste en vigueur.
Un contexte politique tendu
Cette affaire s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre l’Union européenne et la Hongrie. Bruxelles a multiplié les procédures d’infraction contre Budapest pour non-respect des règles communautaires en matière d’État de droit et de droits fondamentaux. La loi anti-LGBT est l’un des points de friction majeurs, la Commission européenne ayant saisi la Cour de justice à son sujet.
L’abandon des poursuites contre le maire de Budapest est perçu comme une victoire pour les militants des droits humains, même si le combat juridique contre la loi elle-même n’est pas terminé. La justice hongroise n’a pas encore transposé l’arrêt de la CJUE dans son droit national, et la question de la conformité de la législation hongroise avec le droit européen demeure entière.
Gergely Karacsony, de son côté, a salué une décision « juste » qui, selon lui, « confirme que le droit et la liberté prévalent sur les restrictions idéologiques ». Il a toutefois appelé à poursuivre la mobilisation pour obtenir l’abrogation de la loi de 2021.