Longtemps perçue comme un acteur en retrait dans le domaine de l'intelligence artificielle, la firme à la pomme semble décidée à inverser la tendance. Depuis plusieurs mois, Apple déploie une offensive tous azimuts, à coups d'acquisitions, de recrutements et d'intégrations de fonctionnalités basées sur l'IA dans ses appareils.
Une stratégie fondée sur l'acquisition discrète
Plutôt que de communiquer bruyamment sur ses projets, la société dirigée par Tim Cook a privilégié une approche discrète mais soutenue. Apple a ainsi procédé à l'achat d'une trentaine de jeunes pousses spécialisées dans l'intelligence artificielle depuis le début de la décennie. Une fréquence d'acquisition nettement supérieure à celle de ses principaux rivaux. Ces opérations lui permettent d'intégrer des technologies et des talents sans avoir à tout développer en interne.
Parallèlement, le groupe californien a considérablement renforcé ses équipes dédiées à l'IA, recrutant des spécialistes reconnus issus de laboratoires universitaires et d'entreprises concurrentes. Ces efforts visent à combler le fossé qui s'est creusé avec des sociétés comme Google, Microsoft ou encore OpenAI, qui ont pris une longueur d'avance dans le déploiement de modèles de langage et d'assistants intelligents.
Des fonctionnalités intégrées à l'écosystème Apple
L'entreprise ne se contente pas de préparer l'avenir : elle intègre déjà des capacités d'intelligence artificielle dans ses produits commerciaux. Les derniers iPhone et Mac sont équipés de puces Neural Engine, dédiées au traitement des tâches d'apprentissage automatique directement sur l'appareil, sans passer par le cloud. Cela permet d'améliorer des fonctionnalités comme la reconnaissance faciale, la retouche photo automatique ou encore la correction prédictive du texte.
Siri, l'assistant vocal d'Apple, bénéficie également d'améliorations significatives. Sa capacité à comprendre des requêtes complexes et à exécuter des actions en coulisses a été renforcée, même si l'assistant reste perçu comme moins performant que certains concurrents. Selon plusieurs observateurs, une refonte majeure de Siri serait en préparation, avec l'intégration de modèles de langage de grande taille similaires à ceux utilisés par ChatGPT.
Un retard à combler dans l'IA générative
Malgré ces avancées, Apple part avec un handicap certain dans le domaine de l'IA générative, qui a connu une explosion avec le succès de ChatGPT fin 2022. La société n'a pas encore dévoilé de modèle de langage propriétaire capable de rivaliser avec GPT-4 de Google ou les modèles d'Anthropic. De même, son offre de cloud computing pour l'entraînement et l'inférence de modèles d'IA reste peu visible face à Amazon Web Services ou Microsoft Azure.
L'entreprise semble toutefois travailler sur ces sujets. Des offres d'emploi publiées ces derniers mois font état de postes liés au développement de grands modèles de langage et à l'infrastructure nécessaire à leur déploiement. Des fuites provenant de développeurs suggèrent également qu'Apple teste en interne un chatbot capable de dialoguer et de générer du contenu.
La question de la confidentialité comme différenciateur
Dans cette course à l'IA, Apple mise sur un argument de poids : la protection des données personnelles. Contrairement à certains de ses concurrents, qui exploitent les données des utilisateurs pour améliorer leurs modèles, la firme californienne insiste sur le traitement local des informations. Cette approche, qui limite la collecte de données sur le cloud, pourrait constituer un avantage concurrentiel auprès des consommateurs soucieux de leur vie privée.
Reste à savoir si cette stratégie permettra à Apple de véritablement rattraper son retard. Le rythme des innovations dans le secteur est soutenu, et les géants de la tech investissent des sommes colossales dans l'IA. La société de Cupertino devra convaincre les développeurs et les utilisateurs que son approche, plus prudente et plus respectueuse de la vie privée, est aussi la plus performante.