Plus de deux ans après l'incendie qui a ravagé un immeuble d'habitation à Crans-Montana, dans le canton du Valais, et causé la mort de plusieurs personnes, le volet pénal de l'affaire connaît un nouveau développement significatif. Jessica Moretti, jusque-là mise en cause dans le cadre de l'enquête sur les matériaux de construction, a été officiellement inculpée pour « faux dans les titres ». Cette qualification pénale fait suite à l'examen d'une facture relative à de la mousse isolante, dont l'authenticité est contestée par les enquêteurs.
Une pièce comptable au cœur de l'accusation
Selon les éléments communiqués par le ministère public valaisan, les investigations ont mis au jour un document comptable qui aurait été établi de manière frauduleuse. Les autorités judiciaires estiment que cette pièce – une facture portant sur la fourniture de mousse isolante – aurait été falsifiée pour masquer ou justifier la nature exacte des matériaux utilisés dans la construction du bâtiment sinistré. La qualification retenue, le « faux dans les titres », est prévue par le code pénal suisse et réprime la création ou l'altération d'un document destiné à servir de preuve, dans le but de tromper autrui sur un fait ayant une portée juridique.
L'enquête avait déjà établi que l'immeuble détruit par les flammes contenait une quantité importante de mousse isolante, un produit dont les caractéristiques de résistance au feu sont au centre des débats. Les familles des victimes et les parties civiles dénoncent depuis le début de la procédure l'utilisation présumée de matériaux non conformes aux normes de sécurité, une accusation que les époux Moretti, promoteurs de l'opération, ont toujours contestée.
Une procédure qui s'intensifie
Cette inculpation de Jessica Moretti intervient alors que la justice suisse a récemment procédé à une confrontation entre les époux Moretti. Entendus ensemble pour la première fois, ils ont dû répondre aux questions des magistrats sur leur rôle respectif dans la conception et la réalisation du projet immobilier. Les précédentes auditions s'étaient déroulées séparément. Cette confrontation a permis de confronter les versions des deux protagonistes sur plusieurs points litigieux, notamment la chaîne de décision concernant le choix des isolants.
La mère de l'une des victimes, qui s'est constituée partie civile, a par ailleurs réclamé publiquement des explications directes de la part des promoteurs, estimant que la vérité sur les causes exactes de la propagation rapide de l'incendie doit être pleinement établie. « Nous attendons qu'ils disent la vérité sur ce qui s'est passé et pourquoi des matériaux, selon nous, dangereux ont été employés », a-t-elle déclaré, sans pour autant apporter de preuves de sa propre appréciation des faits.
Un dossier aux ramifications techniques et juridiques
L'affaire de Crans-Montana soulève des questions techniques pointues sur les normes de construction en vigueur en Suisse et les obligations des maîtres d'ouvrage en matière de sécurité incendie. Les experts mandatés par la justice doivent déterminer si la mousse isolante présente sur le site correspondait aux spécifications prévues par le permis de construire et les réglementations cantonales. L'enquête examine également les éventuelles responsabilités des sous-traitants et des fournisseurs.
Le chef d'inculpation de « faux dans les titres » pourrait alourdir le risque pénal encouru par Jessica Moretti, si les faits sont retenus par le tribunal. La défense des époux Moretti n'a pas encore réagi publiquement à cette nouvelle qualification. L'instruction se poursuit sous la direction du juge d'instruction valaisan, qui devrait encore entendre plusieurs témoins et experts avant de décider d'un éventuel renvoi en procès.
Prochaines étapes judiciaires
L'enquête devrait se poursuivre pendant plusieurs mois encore. Les parties civiles, représentées par leurs avocats, demandent que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l'incendie et sur les choix de construction. La justice suisse, qui dispose de moyens d'investigation approfondis, examine l'ensemble des documents contractuels et techniques liés au projet immobilier. L'inculpation pour faux dans les titres constitue une étape procédurale importante, sans préjuger de la culpabilité de la personne mise en cause, qui bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à un éventuel jugement définitif.