La France connaît une saison des incendies exceptionnelle : depuis le début de l’année 2026, ce sont plus de 25 000 hectares de végétation qui ont été détruits par les flammes, un bilan sans précédent pour une année complète à cette hauteur. Ce chiffre, qui dépasse largement les totaux enregistrés lors des saisons précédentes, illustre une aggravation marquée du phénomène, amplifié par des conditions météorologiques extrêmes.

Un début juillet particulièrement meurtrier

Le seul mois de juillet concentre l’essentiel des dégâts : entre le 1ᵉʳ et le 8 juillet, près de 7 800 hectares sont partis en fumée, soit davantage que l’intégralité du mois de juillet 2025. En une semaine, les pompiers ont dû faire face à plus de 700 départs de feu, dont plusieurs foyers de grande ampleur dans le sud-est et le sud-ouest du pays. Les départements du Var, des Bouches-du-Rhône, de l’Hérault et de la Gironde sont particulièrement touchés, avec des feux qui ont parfois brûlé plusieurs centaines d’hectares en quelques heures.

Les autorités recensent, depuis le début de la saison, près de 7 000 départs de feu, un nombre en nette augmentation par rapport à la moyenne des dernières années. La prévention et la capacité d’intervention rapide ont pourtant été renforcées, mais la violence des incendies — attisés par des vents forts, des températures caniculaires et une sécheresse persistante des sols — dépasse souvent les moyens ordinaires.

Un déploiement inédit de l’armée de l’air

Face à l’ampleur du sinistre, l’exécutif a annoncé une mesure sans précédent : le déploiement, pour la première fois, d’un avion de transport militaire A400M dans des missions de lutte contre les incendies. L’appareil, habituellement utilisé pour des opérations de transport stratégique, a été équipé de dispositifs permettant de larguer de l’eau ou des retardateurs de flammes. Selon le gouvernement, cet engin peut emporter plusieurs dizaines de milliers de litres et intervenir sur des zones difficiles d’accès, complétant ainsi la flotte traditionnelle de bombardiers d’eau.

Le ministre de la Transition écologique a précisé que cet engagement exceptionnel vise à renforcer l’arsenal aérien alors que les feux se multiplient sur l’ensemble du territoire métropolitain. Des bases aériennes dans le sud de la France ont été mobilisées pour accueillir l’appareil et assurer une rotation continue.

Une saison qui inquiète les experts

Les spécialistes du climat et de la prévention des risques estiment que le seuil des 25 000 hectares brûlés n’est qu’un indicateur parmi d’autres de la transformation profonde des saisons des feux en France. La multiplication des départs de feu, conjuguée à l’extension de la période à risque (désormais de mai à octobre), traduit une évolution structurelle liée au réchauffement climatique. Les modèles prévoient une augmentation encore plus marquée dans les années à venir, avec des feux plus précoces, plus intenses et s’étendant vers le nord du pays.

Les associations environnementales et les syndicats de pompiers appellent à un renforcement durable des moyens humains et matériels, et à une politique de gestion forestière adaptée. Ils rappellent que les années 2022 et 2023 avaient déjà marqué des records, mais que 2026 pourrait les dépasser si les conditions météorologiques restent aussi défavorables.

Les autorités appellent à la vigilance

En attendant, les préfectures des départements les plus exposés maintiennent des restrictions d’accès aux massifs forestiers et interdisent l’usage du feu en extérieur. Les campagnes de sensibilisation se multiplient, notamment à destination des populations résidant en zones péri-urbaines, où les interfaces forêt-habitat sont les plus vulnérables.

Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé une hausse des moyens alloués à la sécurité civile pour la fin de l’été, tandis que des discussions sont en cours au niveau européen pour mutualiser les ressources de lutte contre les incendies, alors que plusieurs pays du sud de l’Europe connaissent également une saison catastrophique.

Un bilan humain et écologique lourd

Si aucune perte humaine directe n’a été rapportée dans les principaux foyers, des blessés légers ont été recensés parmi les pompiers et les habitants évacués. Les dégâts sur la faune et la flore sont considérables : des milliers d’hectares de forêts, de garrigues et de zones agricoles ont été réduits en cendres. Les écosystèmes mettront des décennies à se reconstituer, et les sols, exposés à l’érosion, pourraient aggraver les risques d’inondations lors des prochains orages.

La saison 2026 s’annonce donc comme un tournant dans la gestion des incendies en France, poussant les pouvoirs publics à repenser en profondeur leurs stratégies face à un risque devenu permanent.