Une navigation paisible interrompue par des coups de feu

Le 16 juin, alors qu'ils naviguaient au sud de l'île de Wight, Jane et Alan Kelvey, un couple de retraités britanniques à bord de leur yacht Bright Future, ont vécu ce qu'ils décrivent comme une expérience « surréaliste ». La frégate russe Amiral Grigorovitch a ouvert le feu avec des armes légères pour les contraindre à modifier leur cap. Le ministère russe de la Défense a justifié cette action en affirmant avoir voulu « prévenir une éventuelle collision ».

Le récit des plaisanciers contredit la thèse du danger immédiat

Selon le témoignage du couple, l'incident n'a pas commencé par des tirs. Le navire de guerre a d'abord émis cinq coups de klaxon, un signal conventionnel pour attirer l'attention. Les Kelvey affirment qu'ils n'étaient « absolument pas sur une trajectoire de collision » avec la frégate. Par précaution, ils ont modifié leur cap de deux degrés sur bâbord afin de manifester leur prise en compte du signal. Or, environ une minute plus tard, cinq nouveaux coups de klaxon ont retenti, immédiatement suivis de « quatre ou cinq tirs d'armes légères ». Le couple précise que ces tirs ne visaient pas directement leur embarcation, mais constituaient, selon eux, un tir de semonce.

Des distances contradictoires entre les deux camps

La version du ministère russe diffère sensiblement. Moscou affirme que la frégate a d'abord utilisé des fusées éclairantes et des signaux sonores, mais que le yacht a continué de s'approcher dangereusement. Le commandant aurait ordonné le tir préventif alors que la distance entre les deux navires était passée « en dessous de 150 mètres ». Un responsable proche de l'enquête britannique, cité par l'Agence France-Presse, avance une distance très différente, estimant que le navire de guerre se trouvait plutôt à environ 450 mètres du yacht. Cette même source suggère que la frégate « dérivait plutôt que d'être sous propulsion, ce qui a pu la faire se sentir plus vulnérable ».

Londres réagit avec prudence

Le ministère britannique de la Défense a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes de l'incident. Le Premier ministre Keir Starmer, interrogé par la chaîne GB News, s'est voulu rassurant, estimant que la situation n'était « pas plus inquiétante que ça ». Cette déclaration intervient alors que les relations entre Londres et Moscou restent tendues.

Une zone de tensions maritimes

L'incident s'est produit dans la Manche, une voie de navigation extrêmement fréquentée. La confrontation entre un navire de guerre russe et un yacht civil soulève des questions sur la sécurité des plaisanciers et sur les protocoles d'alerte en mer. Les investigations en cours devraient permettre d'établir si les règles de navigation internationales ont été respectées par les deux parties.