Une version diamétralement opposée

Les armateurs du yacht de plaisance britannique pris pour cible par un navire de guerre russe dans la Manche rejettent catégoriquement le récit présenté par Moscou. Dans un communiqué transmis à la presse, ils affirment que leur embarcation se trouvait dans les eaux internationales, à bonne distance des zones de souveraineté russes, au moment où le bâtiment de la marine russe a ouvert le feu. Selon eux, l'incident s'est déroulé bien en dehors de toute zone d'exercice préalablement notifiée, et le yacht n'a reçu aucune injonction préalable à faire demi-tour ou à se signaler.

Les faits selon les propriétaires

Les témoins directs – l'équipage et les propriétaires à bord – assurent que le navire de guerre russe a entamé une manœuvre d'approche agressive, sans émettre de communication radio ni hisser de signaux visuels clairs. Craignant pour leur sécurité face à ce qu'ils décrivent comme une « intimidation pure », ils ont alors modifié leur cap pour s'éloigner. C'est à ce moment-là, affirment-ils, que plusieurs tirs de semonce ont été entendus. Les propriétaires estiment que cette escalade était injustifiée et dangereuse, car aucune procédure de contrôle ni de demande d'identification préalable n'avait eu lieu.

Londres exige des comptes

Le gouvernement britannique a immédiatement réagi en annonçant l'ouverture d'une enquête officielle sur cet incident en mer. Downing Street a convoqué l'ambassadeur de Russie à Londres pour lui délivrer une protestation formelle. Le ministre des Affaires étrangères a qualifié les tirs de « violation du droit international de la mer et d'acte de provocation délibéré ». Londres demande l'accès aux enregistrements de communication navale et aux données de surveillance maritime de la zone pour établir objectivement le déroulé des événements.

La position de Moscou

De son côté, le ministère russe de la Défense maintient sa position initiale. Il affirme que le yacht britannique s'était approché des eaux territoriales russes abritant un exercice naval, qu'il n'avait pas répondu aux appels radio répétés et qu'il avait tenté de forcer le passage, ce qui aurait contraint le navire de guerre à tirer des coups de semonce pour le faire dévier de sa route. Moscou précise que les tirs ont été effectués loin du yacht, en direction d'une zone dégagée, et que l'incident a été clos sans autre mesure.

Des précédents dans les eaux contestées

Cet incident s'inscrit dans un contexte de tensions accrues dans la Manche et en mer du Nord, où les passages de navires civils et militaires se multiplient. Les experts en droit maritime rappellent que les règles d'engagement imposent un strict respect des zones de navigation définies par la convention de Montego Bay. Si la version des propriétaires du yacht est confirmée par les enquêtes indépendantes, elle pourrait relancer le débat sur la notion de « droit de passage inoffensif » et sur la responsabilité des États riverains envers les navires civils naviguant à proximité de leurs eaux territoriales.

Quelle suite ?

Alors que Londres et Moscou campent sur leurs positions, l'enquête britannique devra déterminer si les tirs russes étaient proportionnés et si l'absence de communication préalable est établie. Les propriétaires du yacht, par l'intermédiaire de leurs conseils, réclament une médiation internationale et la mise en place d'un groupe de travail pour fixer des règles claires dans cette zone maritime sensible. En attendant, aucun nouvel incident n'a été signalé, mais la confiance dans la sécurité de la navigation dans cette région est sérieusement ébranlée.