Un consensus prudent mais ferme se dégage au sein de la Fed

La Réserve fédérale américaine (Fed) se trouve à un carrefour délicat. Alors que l'inflation, bien qu'en légère décrue sur certains indicateurs, demeure obstinément au-dessus de l'objectif de 2 %, plusieurs de ses hauts responsables ont récemment exprimé leur inquiétude et laissé entendre qu'un relèvement des taux d'intérêt n'était pas exclu. Les déclarations, étalées sur la semaine du 13 au 17 juillet 2026, dessinent un tableau de fermeté monétaire, même si des nuances apparaissent quant au calendrier et à l'urgence d'agir.

Le gouverneur de la Fed, Christopher J. Waller, a été l'un des plus explicites. Intervenant le 13 juillet devant l'association des économistes d'affaires de New York, il a prévenu que si les données de l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) s'avéraient « élevées » cette semaine-là, le comité de politique monétaire (FOMC) devrait « envisager un resserrement de la politique monétaire à court terme ». Il a précisé que, pour être rassuré, il lui faudrait observer « plusieurs mois de chiffres en baisse ». Selon lui, maintenir les taux sans agir n'est pas une option viable : « Fixer l'inflation du regard jusqu'à ce qu'elle fonde sous notre regard flétrissant n'est pas une option », a-t-il déclaré dans son discours préparé.

Des voix discordantes sur le degré de fermeté nécessaire

D'autres voix se sont élevées dans le même sens. Lorie D. Logan, présidente de la Fed de Dallas et membre votant du comité cette année, a plaidé pour des taux « modestement plus élevés » afin d'« achever le travail de restauration de la stabilité des prix ». Elle a suggéré que la réunion des 15 et 16 septembre prochains serait le théâtre d'un débat actif sur la question.

La gouverneure Lisa D. Cook a indiqué, le 15 juillet, qu'elle serait « prête à agir » si elle ne voyait pas de signes de désinflation « rapidement ». Son homologue John C. Williams, de la Fed de New York, a averti que si l'inflation se révélait plus persistante que prévu, la Fed devrait ajuster ses taux.

Un autre responsable, Jeffrey Schmid, a jugé que l'inflation restait « trop élevée » et qu'elle se maintenait au-dessus de la cible « depuis trop longtemps », pointant des pressions généralisées sur les prix. La gouverneure Adriana Hammack a pour sa part déclaré que l'inflation était sa « principale préoccupation » dans un contexte où le marché du travail reste solide, ajoutant qu'elle ne voyait pas de conflit entre son mandat de plein emploi et la lutte contre l'inflation.

Un répit temporaire mais insuffisant

Ces mises en garde interviennent alors même que les données publiées juste avant l'audition du président de la Fed, Kevin M. Warsh, devant une commission parlementaire, ont montré un certain apaisement. L'indice des prix à la consommation (CPI) de juin, publié le 14 juillet, a fait état d'un taux d'inflation annuel en baisse à 3,5 % pour l'indice de base (hors alimentation et énergie), après avoir atteint un plus haut de trois ans au début de l'été. Cette décrue doit beaucoup à la forte baisse des prix de l'énergie consécutive à une trêve préliminaire dans le conflit avec l'Iran.

Cependant, les responsables de la Fed se montrent prudents. Comme l'a souligné Christopher Waller, un seul mois de données favorables ne suffit pas à inverser la tendance, d'autant que l'inflation globale reste bien supérieure à l'objectif. Le marché du travail, bien que stable, n'est plus considéré comme une source majeure de pressions inflationnistes, contrairement à la période 2021-2022.

Des anticipations de marché partagées

Du côté des investisseurs, l'éventualité d'une hausse des taux lors de la prochaine réunion du FOMC les 28 et 29 juillet est jugée peu probable. En revanche, beaucoup anticipent un mouvement d'ici la fin de l'année si l'inflation ne se replie pas durablement.

Certains responsables, comme Philip Jefferson, ont estimé que la politique monétaire est « bien positionnée » et qu'elle pourra être reconsidérée si nécessaire, adoptant un ton plus mesuré. L'économiste en chef de Wells Fargo, Tom Porcelli, a pour sa part jugé que la Fed pouvait se permettre d'être patiente tout en s'interrogeant sur l'efficacité d'une hausse des taux.

L'opinion de David Wilcox, ancien directeur de la division recherche et statistiques de la Fed et aujourd'hui chercheur principal au Peterson Institute, résume le dilemme : « Les chances, me semble-t-il, sont que Warsh et ses collègues devront mettre leur argent là où leur bouche est et resserrer la politique. » L'équation reste donc entière pour la banque centrale américaine, tiraillée entre la nécessité de juguler l'inflation et le risque de brider une croissance qui, pour l'instant, tient bon.