La justice iranienne a confirmé en appel la peine de six ans de prison infligée au cinéaste Jafar Panahi, a-t-on appris de sources judiciaires iraniennes. Le réalisateur, âgé de 65 ans, avait été condamné en première instance pour « propagande contre le système » et « incitation à la sédition », des accusations qu'il a toujours rejetées.

Cette confirmation intervient quelques jours seulement après que Panahi a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes pour son long métrage « Le Récit de l'oiseau », une distinction qui a braqué les projecteurs sur son parcours et ses démêlés avec les autorités. Le cinéaste, déjà emprisonné par le passé, est visé par une interdiction permanente de réaliser des films et de quitter le territoire, selon des décisions antérieures.

Le verdict d'appel, rendu par une juridiction de Téhéran, n'a pas été rendu public dans son intégralité. Les avocats du réalisateur ont indiqué leur intention de se pourvoir en cassation devant la Cour suprême iranienne, une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois. En attendant, Panahi reste sous le coup d'une peine de prison ferme, mais il n'a pas encore été incarcéré, précise-t-on de source proche de son entourage.

Un parcours semé d'obstacles

Jafar Panahi, figure majeure du cinéma iranien, avait déjà été arrêté en 2010 et condamné à six ans de prison avant d'être libéré sous caution. Il avait alors observé une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement. En 2022, il avait été de nouveau interpellé alors qu'il se rendait au poste de police pour retirer des documents, et avait été écroué pendant plusieurs semaines.

Ses films, souvent critiques envers le régime iranien, lui valent une censure systématique dans son pays. « Le Récit de l'oiseau », qui a remporté la Palme d'or en mai 2025, n'a pas été autorisé à être projeté en Iran. Le réalisateur milite depuis des années pour la liberté d'expression et la fin de la censure dans le secteur culturel iranien.

Réactions internationales

La confirmation de sa peine a suscité une vague de réactions au sein de la communauté cinématographique mondiale. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont appelé les autorités iraniennes à libérer le cinéaste et à mettre fin aux poursuites. Le Festival de Cannes, qui lui avait remis la Palme d'or en présence d'une foule debout, a publié un communiqué exprimant sa « vive préoccupation » et sa « solidarité » avec l'artiste.

Le ministre français de la Culture, également, a condamné cette décision judiciaire, y voyant une « atteinte intolérable à la liberté de création ». Les États-Unis, par la voix de leur porte-parole du département d'État, ont qualifié la confirmation de la peine de « nouvel exemple de la répression systématique des voix dissidentes en Iran ».

Un symbole de la répression culturelle

Pour les observateurs, le cas de Jafar Panahi illustre la répression croissante exercée à l'encontre des artistes et des intellectuels en Iran depuis le mouvement de contestation de 2022. Le régime iranien, qui considère le cinéma comme un outil de propagande occidentale, impose un contrôle strict sur la production audiovisuelle.

Le réalisateur, qui continue de tourner clandestinement, avait déjà été condamné en 2010 à une interdiction d'exercer son métier pendant vingt ans. Malgré cela, il a réalisé plusieurs films en toute discrétion, notamment « Taxi Téhéran » (2015), qui avait obtenu l'Ours d'or à Berlin, et « 3 Visages » (2018).

La décision de la cour d'appel pourrait avoir un impact sur la situation des autres artistes iraniens poursuivis pour leurs œuvres, craignent des défenseurs des droits culturels. Plusieurs cinéastes, musiciens et écrivains sont actuellement incarcérés ou sous le coup de procédures judiciaires en Iran.