Le Parlement slovène a donné son feu vert le 5 juin à la nouvelle coalition gouvernementale menée par Janez Jansa, qui avait été chargé de former le gouvernement le 22 mai. Il s'agit du quatrième mandat de cet homme politique, ancien ministre de la Défense du premier gouvernement indépendant de la Slovénie en 1991. Sa formation, le Parti démocratique slovène (SDS), arrive régulièrement en tête des intentions de vote avec environ un quart des suffrages, et demeure la seule force politique de droite à s'être maintenue sans interruption depuis l'indépendance.
La reconduction de Jansa intervient malgré la deuxième place de son parti aux élections législatives de mars, remportées par le Mouvement Liberté, formation centriste de l'ancien Premier ministre Robert Golob. Ce dernier, pourtant donné favori pour constituer une coalition rassemblant le centre gauche et une partie de la droite, n'est pas parvenu à trouver les alliances nécessaires. « Il avait absolument les moyens de construire une coalition de centre gauche incluant une partie de la droite, mais il lui a manqué les compétences et les capacités pour y parvenir », analyse Ali Zerdin, éditeur du supplément dominical du quotidien Delo, principal journal du pays. « De l'autre côté, nous avons le vétéran de la politique slovène, Janez Jansa. Il connaît toutes les ficelles pour bâtir la coalition nécessaire à la direction de la Slovénie », ajoute-t-il.
Une coalition hétéroclite
Le gouvernement approuvé réunit le SDS, le parti conservateur Nouvelle Slovénie, et les Démocrates, une formation centriste autrefois issue du SDS. Surtout, il bénéficie du soutien sans participation du parti populiste d'extrême droite Resnica. Son leader, Zoran Stevanovic, avait pourtant signé un engagement écrit de ne pas rejoindre une coalition dirigée par Jansa. Mais il a accepté le soutien du SDS pour devenir président du Parlement et a en retour ordonné à ses députés de voter pour la nomination de Jansa au poste de Premier ministre. Resnica défend des positions marginales : il est anti-vaccination, réclame un référendum sur l'appartenance à l'OTAN et se montre très eurosceptique. L'influence réelle de ce parti sur la politique gouvernementale reste difficile à évaluer, même si la menace d'un retrait de son soutien pèse en permanence.
Controverses immédiates
Dès sa nomination, Jansa a suscité des polémiques sur deux fronts. Sur le plan historique, il a relancé le débat sur le sort des collaborateurs nazis exécutés sommairement à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sur le plan économique, il a présenté des baisses d'impôts que les syndicats dénoncent comme un cadeau aux plus aisés, au détriment des services publics.
La composition de la coalition et l'alliance de Jansa avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban, figure emblématique des critiques envers l'Union européenne, font craindre à certains observateurs que la Slovénie ne devienne le nouveau « mouton noir » de l'UE, prenant la relève de la Hongrie. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Tone Kajzer, rejette cette hypothèse. « L'Union européenne », a-t-il déclaré, « est notre maison et nous voulons y être des membres constructifs ». Il a également assuré que le gouvernement respecterait ses engagements internationaux, y compris au sein de l'OTAN.
Un retour qui polarise
Le retour de Janez Jansa, vétéran de la scène politique slovène, divise profondément le pays. Ses partisans louent son expérience et sa capacité à former des coalitions stables, tandis que ses détracteurs craignent une dérive autoritaire et un isolement diplomatique. Le nouveau gouvernement devra rapidement faire la preuve de sa capacité à gouverner sans aggraver les tensions politiques.