Figure incontournable de la vie politique slovène, Janez Jansa vient d’entamer son quatrième mandat à la tête du gouvernement. Le Parlement a donné son feu vert, jeudi 5 juin, à la coalition qu’il a mise sur pied après les élections législatives de mars. Nommé le 22 mai, le dirigeant conservateur, âgé de 67 ans, avait déjà occupé le poste de Premier ministre à trois reprises depuis l'indépendance du pays en 1991, dont il fut l’un des artisans en tant que ministre de la Défense.

Une coalition hétéroclite

Le Parti démocratique slovène (SDS) de Janez Jansa arrive régulièrement en tête des suffrages, avec environ un quart des voix. Pourtant, lors du scrutin de mars, la formation de centre gauche Mouvement pour la liberté, emmenée par l’ancien Premier ministre Robert Golob, était arrivée à égalité avec le SDS. Malgré sa capacité théorique à constituer une majorité, Robert Golob n’est pas parvenu à rassembler. « Il avait absolument les moyens de former une coalition de centre-gauche avec une touche de droite, mais il lui a manqué les compétences et les capacités pour y parvenir », analyse Ali Zerdin, rédacteur en chef du supplément week-end du quotidien le plus diffusé du pays, Delo. « En face, nous avons le vétéran de la politique slovène, Janez Jansa. Il connaît toutes les ficelles pour bâtir la coalition nécessaire pour diriger la Slovénie », ajoute-t-il.

Le nouvel attelage gouvernemental rassemble le SDS, le parti conservateur Nouvelle Slovénie, les Démocrates (centre droit) – anciens dissidents du SDS – et surtout le soutien du parti populiste d’extrême droite Resnica. Son chef, Zoran Stevanovic, avait pourtant signé un engagement à ne pas rejoindre une coalition dirigée par Jansa, mais il a accepté le soutien du SDS pour devenir président du Parlement, et a en retour ordonné à ses députés de voter l’investiture de Jansa.

Des orientations polémiques

Dès sa prise de fonction, le nouveau gouvernement a suscité des remous sur plusieurs fronts. Sur le plan historique, il relance le débat sur le sort des collaborateurs nazis exécutés sommairement à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le domaine économique, il propose des baisses d’impôts que les syndicats jugent défavorables aux services publics et favorables aux plus fortunés. Ces mesures, selon leurs critiques, risquent d’aggraver les inégalités et de fragiliser l’État-providence.

L’influence potentielle de Resnica sur la ligne politique du gouvernement inquiète également. Le parti prône des positions marginales : opposition à la vaccination, demande d’un référendum sur l’appartenance à l’OTAN, euroscepticisme. La menace implicite d’un retrait de son soutien plane si la coalition ne suit pas ses orientations. Cette configuration, couplée à l’alliance de longue date de Janez Jansa avec l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán, fait craindre à certains observateurs que la Slovénie ne devienne le nouveau membre le plus récalcitrant de l’Union européenne.

Rassurances du nouveau chef de la diplomatie

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Tone Kajzer, a tenu à dissiper ces craintes. Il a assuré que la réalité serait tout autre et que la Slovénie resterait un partenaire fiable au sein de l’UE. Toutefois, le flou demeure sur le poids réel de Resnica dans les décisions gouvernementales. La capacité de Janez Jansa à maintenir la cohésion de sa coalition hétéroclite sera déterminante pour l’avenir politique du pays. Son retour au pouvoir, après une courte éclipse, confirme son statut de « grand survivant » de la scène politique slovène, mais les défis qui l’attendent sont nombreux.