Le tribunal correctionnel de Marseille a ouvert, le 23 juin, le procès de l’une des plus vastes affaires de contrefaçon jamais jugées dans le sud de la France. Dix-huit prévenus, parmi lesquels le propriétaire du célèbre Marché du Soleil, sont poursuivis pour contrefaçon en bande organisée, blanchiment et extorsion. Le parquet a également demandé la fermeture définitive de ce marché aux puces de la ville, suspecté d’être un haut lieu du trafic de produits falsifiés.

À la barre, le propriétaire du site – un homme âgé qui exploite le marché depuis des décennies – a adopté une posture d’incompréhension. « Je ne sais pas pourquoi je suis là », a-t-il lancé aux juges, tout en reconnaissant que des marchandises contrefaites circulaient sur son domaine. Il a assuré avoir pris sa retraite il y a plusieurs années et confié la gestion quotidienne à un gérant, affirmant n’avoir jamais eu connaissance directe de ces activités illicites. « J’ai toujours interdit les contrefaçons », a-t-il insisté, tout en admettant que ses contrôles n’étaient peut-être pas suffisants face à la détermination des vendeurs.

Les enquêteurs ont pourtant mis au jour un système bien rodé. Selon les investigations, le Marché du Soleil servait de plateforme pour l’écoulement de centaines de milliers d’articles contrefaisant des grandes marques (vêtements, chaussures, accessoires, parfums). Plusieurs saisies massives ont été effectuées ces dernières années, et près de 200 000 produits ont été détruits en 2025 lors d’une opération spectaculaire. Les magistrats estiment que le propriétaire ne pouvait ignorer l’ampleur du phénomène, d’autant que certains étals étaient connus des services de police.

Outre le propriétaire, dix-sept autres personnes sont jugées : des vendeurs, des intermédiaires et des logisticiens présumés. Plusieurs d’entre eux ont déjà été condamnés par le passé pour des faits similaires. Le tribunal examine également des accusations d’extorsion : des commerçants réguliers auraient été contraints de payer une « taxe » à des réseaux organisés pour pouvoir continuer à exercer. Des faits de blanchiment viennent compléter le tableau, l’argent de la contrefaçon ayant été réinvesti dans l’immobilier et des commerces légaux.

Une possible fermeture définitive

Le parquet a requis la saisie définitive du Marché du Soleil et sa fermeture à titre de peine complémentaire. Une décision lourde de conséquences pour les dizaines de commerçants légitimes qui y travaillent encore. La défense du propriétaire plaide la bonne foi et conteste toute complicité active. Elle souligne que le marché existe depuis les années 1970 et emploie des centaines de personnes.

L’audience doit se poursuivre plusieurs jours. Le verdict est attendu dans les semaines à venir. Cette affaire illustre les difficultés des autorités à éradiquer les réseaux de contrefaçon qui prospèrent dans certains marchés populaires, en dépit des opérations coup de poing régulières.