Jean Ziegler, sociologue suisse et figure altermondialiste, est décédé à 92 ans

La famille de Jean Ziegler a annoncé son décès, survenu le 10 juin des suites de la maladie de Parkinson. Né en 1934, ce sociologue et homme politique suisse s'était imposé comme l'une des voix les plus radicales de la gauche internationale, vouant une haine farouche au capitalisme qu'il qualifiait de « cannibale ». Il avait consacré sa vie à la dénonciation des inégalités mondiales et du rôle controversé de la place financière helvétique.

Une stature d'intellectuel engagé

Professeur de sociologie à l'université de Genève, Ziegler était également un auteur prolifique. Ses ouvrages, parmi lesquels La haine de l'Occident et Les nouveaux maîtres du monde, ont rencontré un large écho international. Il y développait une critique sans concession du système capitaliste, des institutions financières internationales et de ce qu'il percevait comme une recolonisation du monde par les grandes puissances.

Un mandat onusien consacré au droit à l'alimentation

De 2000 à 2008, Jean Ziegler a occupé le poste de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation. Dans cette fonction, il a sillonné la planète pour documenter les causes structurelles de la faim, pointant du doigt les politiques agricoles des pays riches, la spéculation sur les denrées alimentaires et les multinationales de l'agrochimie. Son travail a contribué à inscrire le droit à l'alimentation dans l'agenda international, provoquant à la fois admiration et controverses.

Un homme politique suisse controversé

Membre de la gauche socialiste suisse, Ziegler a siégé au Conseil national, le parlement fédéral. Sa verve et ses positions intransigeantes en faisaient une figure clivante dans son pays. Il a régulièrement dénoncé les pratiques de la place financière suisse, qu'il accusait d'être un « coffre-fort » pour les dictateurs et les capitaux illicites. Ses critiques lui ont valu de nombreuses inimitiés, mais aussi un solide capital de sympathie au sein des mouvements altermondialistes.

Un héritage intellectuel inégalé

Passionné par les questions de justice sociale et de décolonisation, Jean Ziegler entretenait des liens étroits avec les dirigeants du tiers-monde, notamment Fidel Castro et Hugo Chávez, qu'il défendait face aux critiques occidentales. Il n'a eu de cesse de plaider pour un ordre mondial plus juste, dénonçant ce qu'il appelait « l'impérialisme » des grandes puissances. Sa mort laisse un vide dans le champ de la critique radicale du capitalisme, dont il était l'un des derniers grands représentants.

Sa famille a indiqué que ses funérailles se dérouleraient dans la plus stricte intimité.