L'industrie du jeu vidéo vit une mutation accélérée vers le tout-numérique, mais cette transition suscite une opposition politique inattendue. Jean-Luc Mélenchon, figure de La France insoumise, a fait savoir sur le réseau social X qu'il entendait lancer un chantier législatif en 2027 pour contraindre les éditeurs à commercialiser des versions physiques de leurs jeux. Une réaction directe aux décisions de Rockstar Games et de Sony, qui viennent d'enterrer le support CD.
Le déclencheur est double. D'une part, Rockstar Games a confirmé que le très attendu « GTA 6 » ne sera proposé qu'en dématérialisé. D'autre part, Sony a annoncé qu'à partir de janvier 2028, l'ensemble de ses nouvelles productions ne seront plus éditées sur support physique. Ces deux annonces, perçues comme les derniers clous du cercueil du CD, ont provoqué une onde de choc chez les joueurs attachés à la propriété de leurs jeux.
« Avec GTA 6 sans disque en 2026 et l'annonce de Sony de la fin des ventes de disques physiques pour les jeux en 2028, la question de savoir comment on considère ces produits se pose », a écrit le responsable politique. Il a ajouté : « Demain, vous paierez sans jamais rien posséder. Ni prêt, ni revente, ni garantie de conserver ce qu'on a payé. » Cette déclaration met en lumière l'enjeu juridique du passage au tout-numérique : l'acheteur n'acquiert plus qu'une licence d'utilisation, sans droit de revente ni de prêt, et sans certitude de pouvoir conserver le contenu à long terme.
Un projet législatif pour qualifier le jeu vidéo de bien culturel
Pour Jean-Luc Mélenchon, le jeu vidéo ne saurait être réduit à une simple marchandise. Il le considère comme un bien culturel, ce qui justifierait une protection réglementaire spécifique. Il a donc annoncé un travail législatif visant à imposer aux éditeurs la commercialisation d'une version physique de leurs jeux. L'objectif est de préserver la possibilité pour les consommateurs de posséder, prêter et revendre leurs achats, pratiques qui disparaissent avec le tout-numérique.
Cette proposition s'inscrit dans une réflexion plus large sur les droits des consommateurs à l'ère numérique. Alors que les support physique permettaient la revente d'occasion et le prêt, le modèle dématérialisé ne laisse qu'une licence révocable, souvent assortie de conditions d'utilisation restrictives. La promesse de Mélenchon vise à sauvegarder ces droits par la loi.
Une crédibilité à éprouver
Reste à savoir si une telle promesse est réalisable. Le projet devra surmonter plusieurs obstacles : la faisabilité technique (les jeux modernes peuvent peser plusieurs centaines de gigaoctets, rendant le support CD obsolète), la position des éditeurs qui privilégient le numérique pour des raisons économiques (réduction des coûts de production, de transport et de stockage, contrôle renforcé du marché de l'occasion), et la compatibilité avec le droit européen. Le précédent du livre numérique, où des tentatives d'imposer un format physique ont échoué, pourrait servir d'avertissement.
Pour l'heure, le projet n'est qu'une annonce et aucun texte n'a été rédigé. L'échéance de 2027 correspond à la prochaine échéance électorale, ce qui confère à cette proposition une dimension politique évidente.
Un débat qui dépasse les clivages
La question de la préservation des jeux vidéo physiques dépasse les clivages partisans. Des associations de consommateurs et plusieurs acteurs de l'industrie pointent régulièrement les risques liés à la dématérialisation : dépendance aux serveurs des éditeurs, impossibilité de transmettre ses jeux, risques de disparition de pans entiers de l'histoire vidéoludique. Le projet de loi de Mélenchon pourrait donc trouver un écho au-delà de sa famille politique.
Toutefois, les spécialistes rappellent que le marché du jeu vidéo physique est en chute libre depuis des années, et que les jeunes générations sont largement acquises au numérique. Forcer les éditeurs à maintenir des versions physiques pourrait se heurter à une réalité économique et technologique difficile à contourner.
En attendant, les joueurs français suivent de près l'évolution de ce dossier. Les annonces de Sony et Rockstar ont déjà provoqué une vive controverse dans les communautés de joueurs, et la proposition de Mélenchon relance le débat sur la place du jeu vidéo dans la culture et sur les droits des consommateurs à l'ère numérique.