Le premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé sa démission lundi, après moins de deux ans à la tête du gouvernement. « Chaque décision que j'ai prise visait à placer le pays que j'aime en premier. C'est pourquoi je vais démissionner de la tête du Parti travailliste », a-t-il déclaré, ouvrant la voie à une nouvelle course à la direction du parti et à un changement de locataire au 10 Downing Street.
Élu triomphalement en juillet 2024, Starmer avait offert au Labour une majorité de 174 sièges avec 411 députés, le troisième meilleur score historique du parti après Tony Blair. Mais ce raz-de-marée électoral était fragile : le parti n'avait recueilli que 34 % des suffrages exprimés, un avertissement précoce que ses détracteurs disent n'avoir jamais été entendu.
Un leader décrit comme « sans boussole »
Dès ses premiers mois, l'impopularité de Starmer a connu une chute vertigineuse. Selon l'institut Ipsos, sa cote de satisfaction nette était tombée à moins 66 après un an, un record négatif dans l'histoire des enquêtes d'opinion britanniques. « C'est un très bon avocat, mais il semble dépourvu d'antennes politiques et de la présence d'un leader », a analysé John Curtice, professeur de science politique à l'université de Strathclyde. « Il n'a pas défini ce en quoi il croyait ni ce en quoi le Parti travailliste croyait. Il n'a ni récit ni objectif à long terme. Pas de sens de la direction », a-t-il ajouté.
Tim Bale, professeur de politique à l'université Queen Mary de Londres, a décrit l'ex-premier ministre comme un « piètre communicateur » qui a « gâché ses premiers mois à ce poste » et n'a su offrir aucune vision « pour inspirer ni ses députés ni le public ».
Les relations avec Trump au cœur de son mandat
Pendant sa courte période au pouvoir, Starmer a été dominé par les tensions avec l'ancien président américain Donald Trump, qui a effectué un retour à la Maison-Blanche en janvier 2025. Leurs différends sur le commerce, la défense et le soutien à l'Ukraine ont constamment placé le premier ministre en position de faiblesse sur la scène internationale. Plusieurs observateurs estiment que cette dynamique a sapé son autorité à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, le présentant comme un dirigeant soumis aux humeurs de Washington.
Un départ précipité après une défaite électorale cinglante
La pression s'était accentuée ces derniers jours après la lourde défaite du Labour lors d'une élection partielle à Makerfield, remportée haut la main par Andy Burnham, figure critique du parti. Cet échec a été perçu comme un référendum sur la direction de Starmer et a précipité les appels à son départ. Avec ce départ, le Royaume-Uni connaîtra son septième chef de gouvernement en une décennie, symptôme d'une instabilité politique chronique.
Starmer, qui a dirigé le Crown Prosecution Service avant de se lancer en politique, était entré au Parlement en 2015 après seulement cinq années de mandat. Son accession à la tête du Labour en 2020, après Jeremy Corbyn, avait été perçue comme un retour à un centre gauche modéré. Mais ce pari n'aura pas suffi à convaincre un électorat en quête de repères dans un contexte de crises multiples.