L'annonce de l'accord-cadre entre les États-Unis et l'Iran a provoqué un tollé en Israël, où dirigeants et observateurs dénoncent un « désastre total » et une « défaite stratégique ». La presse israélienne, dont le quotidien Maariv, s'est montrée particulièrement sévère, tandis que des responsables militaires estimaient en privé que leur pays avait été mis « totalement hors jeu ».

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, se trouve placé devant un fait accompli par le président américain Donald Trump, qui l'a vertement critiqué en le qualifiant d'« homme difficile » et d'ingrat. Pour éviter une nouvelle escalade verbale avec Washington, le chef du gouvernement israélien a choisi d'encaisser le coup en silence, selon des sources proches du dossier. Cette situation intervient à quelques mois d'élections en Israël, accentuant la pression politique sur son gouvernement.

Un accord jugé insuffisant sur le nucléaire et les missiles

L'un des principaux points de friction concerne les stocks d'uranium enrichi de l'Iran. L'accord-cadre ne règle pas la question des 440 kilogrammes d'uranium enrichi à 60 %, un niveau qui pourrait être porté à 90 % en quelques mois, seuil suffisant pour produire une dizaine de bombes atomiques. Or, Téhéran maintient son objectif affiché de « rayer de la carte l'entité sioniste », soit Israël. Le dossier de la limitation des missiles balistiques, capables d'atteindre le territoire israélien, est censé être traité après la période de soixante jours de cessez-le-feu, sans garantie ferme pour l'État hébreu.

Yair Lapid, chef de l'opposition centriste, a dressé un bilan très critique, affirmant que « le régime iranien survit, les programmes sur les missiles balistiques et le nucléaire iranien se poursuivent ». Il a également déploré qu'Israël ait été traité « en protectorat recevant des instructions concernant sa sécurité nationale » de la part des États-Unis.

Liberté d'action menacée au Liban

Un autre motif de mécontentement majeur concerne le Liban. Selon des responsables iraniens, l'accord prévoit un retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban et l'arrêt des bombardements contre les positions du Hezbollah à Beyrouth, en représailles à des tirs de roquettes et de drones de la milice chiite vers Israël. Cette disposition est perçue comme une entrave directe à la liberté d'action militaire de Tsahal. Un raid aérien israélien mené dimanche contre la capitale libanaise aurait d'ailleurs provoqué la colère du président Trump, qui craignait qu'il ne compromette l'annonce de l'accord.

Or Horvitz, un ancien général du renseignement militaire israélien, a estimé que « l'Iran est maître du jeu au Liban et peut désormais y imposer sa volonté ». La question centrale qui se pose désormais est celle de la réaction de Tsahal en cas de provocations du Hezbollah. Le Premier ministre israélien n'a pas obtenu l'assurance de conserver sa liberté d'action militaire contre cette milice, ce qui fragilise encore davantage sa position.

Une position diplomatique délicate

L'accord-cadre entre Washington et Téhéran, dont les détails précis restent à définir, intervient après des mois de tensions et de conflit qui ont lourdement pesé sur l'économie mondiale. Pour Israël, il représente un changement de donne stratégique majeur, remettant en cause les équilibres régionaux et la doctrine de sécurité nationale du pays. La réaction officielle du gouvernement israélien, limitée pour l'instant à un silence prudent, pourrait évoluer dans les jours à venir, mais l'amertume et l'inquiétude dominent déjà largement le débat public.