L'ancien secrétaire d'État et député centriste Yves Jégo, âgé de 65 ans, a été mis en examen pour trafic d'influence passif dans le cadre d'une enquête portant sur des contrats d'importation de masques réutilisables au début de la pandémie de Covid-19, ont confirmé plusieurs sources concordantes.

Les investigations, menées par les autorités judiciaires, portent sur l'intervention présumée de l'ancien ministre dans des transactions impliquant des millions d'équipements de protection individuelle. Selon des éléments recueillis, Yves Jégo aurait mobilisé son carnet d'adresses et ses relations politiques pour faciliter des ventes de masques à des collectivités et administrations publiques, en échange de rétributions occultes.

Des faits remontant à 2020

Les faits reprochés à l'ancien élu remontent aux premiers mois de la pandémie, période durant laquelle la France, comme de nombreux pays, faisait face à une pénurie aiguë de matériel médical. Dans ce contexte de tension extrême, des intermédiaires privés se sont positionnés pour proposer des lots de masques, souvent à des prix élevés, en profitant de leurs réseaux institutionnels.

L'enquête, ouverte il y a plusieurs mois, s'intéresse plus particulièrement à des contrats d'importation de masques réutilisables pour lesquels Yves Jégo aurait servi d'entremetteur entre des fournisseurs étrangers et des acheteurs publics français. Les investigations ont donné lieu à la mise en examen de l'ancien secrétaire d'État à l'Outre-mer, ainsi qu'à des perquisitions et auditions de témoins.

Une mise en examen pour trafic d'influence passif

Le trafic d'influence passif, délit inscrit dans le code pénal, est caractérisé par le fait qu'une personne investie d'une fonction publique sollicite ou agrée des offres, des promesses, des dons ou des présents pour abuser de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d'une autorité publique des distinctions, des emplois, des marchés, des décorations ou toute autre décision favorable. Les peines encourues peuvent aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement et une amende de 150 000 euros.

Yves Jégo, qui a occupé le poste de secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer sous la présidence de Nicolas Sarkozy entre 2008 et 2009, puis présidé l'Union des démocrates et indépendants (UDI) de 2014 à 2016, a été placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de cette procédure. Il n'a pas encore fait de déclaration publique depuis sa mise en examen.

D'autres affaires en toile de fond

Cette nouvelle procédure judiciaire intervient alors que l'ancien responsable centriste avait déjà été confronté à la justice dans le passé. Il avait notamment été condamné en 2021 pour abus de confiance dans une affaire liée à des emplois fictifs présumés au sein du groupe UDI à l'Assemblée nationale, une condamnation qu'il avait contestée en appel.

Les investigations en cours pourraient également s'étendre à d'autres personnes impliquées dans ces transactions. Les magistrats instructeurs cherchent à déterminer si d'autres élus ou fonctionnaires ont bénéficié de ces arrangements, et si des fonds ont été détournés au profit d'intermédiaires.

Un signe de la vigilance judiciaire

Cette affaire illustre la attention persistante de la justice française à l'égard des pratiques d'influence et de corruption dans les marchés publics, en particulier ceux conclus dans des circonstances exceptionnelles. La situation d'urgence sanitaire n'a pas empêché le Parquet national financier (PNF) de se saisir de ces transactions, plusieurs enquêtes ayant été ouvertes depuis 2020 sur des soupçons d'irrégularités dans la passation de contrats d'équipement médical.

Les associations anticorruption saluent cette décision judiciaire, qui rappelle que les procédures d'achat public doivent rester transparentes, même en période de crise. Selon plusieurs observateurs, ce dossier pourrait contribuer à renforcer le contrôle des pratiques d'intermédiation dans les marchés sensibles.

L'audience de procédure, au cours de laquelle Yves Jégo devra répondre des faits qui lui sont reprochés, n'est pas encore fixée. Ses avocats n'ont pas souhaité commenter cette mise en examen.