Les dirigeants de l'Écosse, du pays de Galles et d'Irlande du Nord ont accueilli avec une franche réserve les annonces d'Andy Burnham sur la dévolution, estimant que les promesses du nouveau locataire du 10 Downing Street manquent de substance et ne répondent pas aux attentes des nations constitutives du Royaume-Uni.
Le Premier ministre écossais, John Swinney, a qualifié les propositions de « vagues et insuffisantes », soulignant que son administration attend des actes, non des paroles. « Nous avons besoin d'un calendrier précis et de garanties financières », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Édimbourg. Il a également réclamé une révision du système de financement, jugé obsolète et défavorable à l'Écosse.
De son côté, la Première ministre galloise, Eluned Morgan, a exprimé sa « déception » face à l'absence de détails concrets sur le transfert des compétences promises. Elle a notamment insisté sur la nécessité d'obtenir des pouvoirs élargis en matière de transport, d'énergie et de justice, des domaines où le gouvernement gallois estime que les promesses de Burnham restent « lettre morte ». « Ce n'est pas un nouveau chapitre, c'est le même vieux livre avec une couverture différente », a-t-elle ironisé.
En Irlande du Nord, la situation est plus complexe. La Première ministre, Michelle O'Neill, a salué l'intention affichée de renforcer la dévolution, mais a aussitôt conditionné son soutien à une réponse claire sur le protocole nord-irlandais et le statut post-Brexit de la province. « Nous ne pouvons pas avancer tant que ces questions fondamentales ne sont pas réglées », a-t-elle averti. Son homologue unioniste, Emma Little-Pengelly, vice-Première ministre, a pour sa part dénoncé un « dialogue de sourds » et réclamé des engagements écrits.
Un scepticisme partagé au-delà des clivages politiques
Les critiques ne se limitent pas aux seuls dirigeants nationalistes ou indépendantistes. Des voix modérées au sein des assemblées régionales ont également fait part de leurs doutes. Le chef de l'opposition écossaise, Douglas Ross, a estimé que les promesses de Burnham « sentent l'improvisation » et a appelé à une conférence intergouvernementale urgente pour clarifier les intentions du gouvernement britannique.
L'absence de consultation préalable avec les administrations dévolues a été particulièrement mal vécue. Plusieurs responsables ont confié leur sentiment d'avoir été mis devant le fait accompli, sans véritable dialogue en amont des annonces faites depuis Londres.
Des promesses jugées floues sur la méthode et les moyens
Au cœur des critiques : le manque de précisions sur les modalités concrètes de la dévolution. Si Andy Burnham s'est engagé à transférer des compétences et à créer un « No 10 North » symbolique, il n'a pas chiffré les ressources qui accompagneraient ces transferts. Les chefs des gouvernements dévolus réclament notamment des garanties sur le maintien des dotations budgétaires, dans un contexte de rigueur annoncée.
Le calendrier est également un point de friction. Alors que l'Écosse et le pays de Galles souhaitent des avancées rapides, plusieurs observateurs estiment que la priorité du nouveau Premier ministre semble être la réforme de l'économie et des institutions financières – via notamment une scission du Trésor et une réforme de la Banque d'Angleterre –, reléguant la dévolution au second plan.
Un test pour la crédibilité de Burnham
Pour Andy Burnham, qui a fait de la dévolution l'un des piliers de son programme et de son identité politique de « Premier ministre du Nord », ces résistances représentent un défi majeur. Sa promesse de « rééquilibrer le pouvoir et les opportunités en dehors de Londres » est désormais examinée à la loupe par les capitales régionales. L'issue de ces tractations déterminera en grande partie la capacité du nouveau gouvernement à restaurer la confiance avec les nations dévolues et à incarner un renouveau du pacte constitutionnel britannique.
Les prochaines semaines s'annoncent décisives. Une réunion des chefs de gouvernement des quatre nations britanniques devrait se tenir prochainement, permettant peut-être de préciser les contours de la future architecture institutionnelle. En attendant, les dirigeants écossais, gallois et nord-irlandais ont prévenu : ils ne se contenteront pas de promesses.