L’archidiocèse de San Francisco a conclu un accord financier majeur avec environ 530 personnes affirmant avoir été victimes d’abus sexuels commis par des prêtres ou d’autres membres du clergé lorsqu’elles étaient enfants. Le montant total de la transaction s’élève à 395 millions de dollars, ont annoncé lundi les autorités ecclésiastiques et les représentants des plaignants.
Cet accord intervient dans le cadre de la procédure de faillite engagée par l’archidiocèse en 2023, après que des centaines de poursuites judiciaires pour agressions sexuelles eurent été déposées contre lui. Le tribunal des faillites doit encore donner son aval définitif, de même que les victimes elles-mêmes, pour que le texte devienne juridiquement contraignant.
Des réformes internes et des excuses écrites
En complément de l’indemnisation financière, l’accord prévoit plusieurs mesures destinées à renforcer la protection des mineurs au sein de l’Église. D’après Jeff Anderson, avocat des victimes, ces dispositions incluent un renforcement du contrôle de l’ensemble du personnel de l’archidiocèse, ainsi que l’interdiction des échanges numériques individuels entre un adulte et un enfant.
Une clause particulièrement saluée par les survivants exige que l’archevêque de San Francisco, Salvatore Cordileone, rédige une lettre d’excuses personnalisée à chaque victime. Margie O’Driscoll, l’une des plaignantes, a déclaré que cet élément non monétaire aurait le plus grand impact. Agressée à l’adolescence par un enseignant du Marin Catholic High School il y a près de cinquante ans, elle a affirmé que « la honte va changer de camp » grâce à cette reconnaissance officielle.
Des décennies de silence et une loi californienne déterminante
La plupart des faits remontent à plusieurs décennies, ce qui rendait jusqu’à récemment très difficile toute action en justice en raison des délais de prescription. La Californie a adopté en 2019 une loi prolongeant le délai de prescription pour les actions civiles liées aux abus sexuels sur mineurs, ce qui a permis à de nombreuses victimes de se manifester. Cette législation a conduit plusieurs diocèses de l’État, notamment ceux d’Oakland et de Sacramento, à se placer sous la protection de la loi sur les faillites.
Des précédents et des dossiers encore ouverts
L’accord annoncé à San Francisco s’inscrit dans une série de transactions financières massives aux États-Unis. En 2024, l’archidiocèse de Los Angeles avait accepté de verser 880 millions de dollars pour régler les plaintes de 1 353 personnes. En revanche, les négociations concernant d’autres grands diocèses californiens, comme celui d’Oakland, ne sont pas encore abouties.
Brigid Crotty, une autre survivante âgée de 57 ans, a confié que les sévices subis de la part d’un prêtre de San Francisco la hantent depuis plus d’un demi-siècle. Tout en estimant qu’aucune compensation ne pourra effacer cette douleur, elle a jugé l’accord « d’une importance considérable ».
L’archevêque Cordileone, dans un communiqué, a déclaré que cet accord offre « une voie vers une indemnisation équitable pour les survivants qui ont porté le poids de ces abus toute leur vie ». Il a ajouté accepter « l’entière responsabilité de ce qui s’est passé » et présenté « des excuses sincères à tous ceux qui ont été blessés ». Il a également exprimé l’espoir que cette décision permette à la fois aux victimes et à l’Église de tourner la page.
L’ultime validation de l’accord par les plaignants et par le juge chargé de la faillite est attendue dans les semaines à venir.