Le gendarme de l’audiovisuel a notifié à la chaîne d’information en continu une mise en demeure l’enjoignant de se conformer à son obligation d’expression pluraliste. Cette décision, qualifiée d’inédite par plusieurs observateurs, intervient après un examen approfondi de la programmation de CNews.

L’Arcom reproche à la chaîne un déséquilibre marqué et persistant dans l’accès aux antennes des différentes sensibilités politiques et intellectuelles. Selon les termes employés par le régulateur, il s’agit d’un « déséquilibre manifeste et répété » qui contreviendrait aux dispositions légales encadrant le pluralisme. La mise en demeure constitue le premier avertissement formel avant d’éventuelles sanctions plus lourdes, qui pourraient aller jusqu’à la suspension ou la réduction de la concession de fréquences.

La décision de l’autorité administrative indépendante s’appuie sur une analyse des temps de parole et des interventions, réalisée sur une période donnée. Cette analyse a mis en évidence une surreprésentation de certaines opinions, au détriment d’autres courants, ce qui aurait enfreint l’exigence de « respecter l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion », selon les termes exacts des obligations conventionnelles de la chaîne.

CNews, propriété du groupe Canal+, est régulièrement pointée du doigt pour sa ligne éditoriale jugée proche des idées de la droite radicale et de l’extrême droite. La chaîne a toujours défendu sa liberté de ton et son attachement au débat contradictoire. La direction de CNews n’a pas encore réagi officiellement à cette injonction.

Un précédent dans la régulation audiovisuelle

L’Arcom dispose de pouvoirs renforcés en matière de contrôle du pluralisme depuis la loi du 25 octobre 2021, qui a fusionné le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et la Hadopi. Ce n’est pas la première fois que CNews se trouve sous le feu des critiques du régulateur. En 2021, le CSA avait déjà adressé à la chaîne une mise en garde, une procédure moins contraignante qu’une mise en demeure. Plus récemment, en 2024, l’instance avait prononcé une sanction pécuniaire à l’encontre de la chaîne pour non-respect des obligations en matière de publicité.

Cette nouvelle mise en demeure intervient alors que le débat sur le pluralisme dans les médias français est particulièrement vif. Plusieurs associations de défense des droits et des journalistes ont régulièrement dénoncé un déséquilibre persistant sur CNews, notamment lors des années électorales. L’Arcom avait d’ailleurs annoncé en début d’année un renforcement de ses contrôles sur l’ensemble des chaînes d’information en continu.

Un impact potentiel sur la grille et l’avenir de la chaîne

La mise en demeure oblige désormais CNews à présenter au régulateur, dans un délai de deux mois, un plan d’actions correctives. Ce plan devra démontrer comment la chaîne entend rétablir un équilibre dans la représentation des différentes opinions, notamment en matière d’invités politiques, d’éditorialistes et de chroniqueurs. Le non-respect de cette injonction pourrait entraîner une sanction plus sévère, allant d’une amende à une réduction de la durée de la convention, voire un retrait de l’autorisation d’émettre.

CNews a toujours contesté les accusations de déséquilibre, arguant que sa grille était composée de débats et d’interviews où toutes les opinions pouvaient s’exprimer. La direction de l’information pourrait être contrainte de revoir certains de ses formats pour se conformer aux exigences du régulateur. Cette décision intervient dans un contexte de consolidation du paysage audiovisuel français, où les chaînes d’info en continu sont surveillées de près pour leur influence sur le débat public.