Le ton monte entre CNews et l’Arcom. Après la mise en demeure infligée le 15 juin à la chaîne d’information en continu pour manquement au pluralisme, son animateur phare, Pascal Praud, a riposté par une tribune publiée ce 17 juin. Il y dénonce une « tentation illibérale » de la part du régulateur des médias, qu’il accuse d’outrepasser ses prérogatives.
Dans ce texte, le journaliste estime que la procédure lancée par l’Arcom constitue une « menace grave contre la liberté de la presse » et une « ingérence politique inacceptable dans le débat public ». Il affirme que sa chaîne « respecte scrupuleusement les règles de pluralisme » et que la décision du régulateur est « fondée sur une lecture partiale et partiale des programmes ». Praud invoque le droit des téléspectateurs à « entendre toutes les opinions, y compris celles qui déplaisent aux conformismes établis ».
La mise en demeure, une première. Le 15 juin, l’Arcom avait officiellement notifié à CNews un manquement à ses obligations en matière de pluralisme et d’indépendance de l’information. Cette décision, inédite pour une chaîne d’info en clair, faisait suite à plusieurs signalements et à une enquête du régulateur portant sur la période récente. L’instance avait pointé « un déséquilibre significatif dans le traitement de sujets politiques et sociétaux », avec une surexposition des voix conservatrices et une absence récurrente d’expressions contradictoires.
Des réactions politiques contrastées. La tribune de Pascal Praud a suscité des réactions vives dans le paysage politique. Plusieurs responsables de droite et d’extrême droite ont apporté leur soutien à l’animateur, y voyant la confirmation d’un « deux poids, deux mesures » dans la régulation des médias. À l’inverse, des députés de gauche et des associations de défense des droits ont salué la fermeté de l’Arcom, estimant que la mise en demeure « protège le pluralisme réel » face à une chaîne devenue, selon eux, « un vecteur d’influence politique partisane ».
Un précédent juridique ? Cette affaire pourrait faire jurisprudence. L’Arcom dispose d’un pouvoir de sanction gradué : de la simple mise en demeure à la suspension de la convention de la chaîne, en passant par des amendes. En cas de récidive, CNews s’expose à des sanctions financières pouvant atteindre plusieurs millions d’euros. Les experts juridiques interrogés estiment que la défense de Praud, centrée sur la liberté d’expression, pourrait ne pas prospérer en justice si le régulateur prouve que les déséquilibres constatés sont structurels et non ponctuels.
La direction de CNews temporise. Du côté de la direction de la chaîne, on reste prudent. Aucune déclaration officielle n’a été faite depuis la sortie de Praud, mais des sources internes indiquent que l’entreprise étudie les voies de recours possibles, notamment un référé devant le Conseil d’État. L’enjeu est de taille pour la chaîne, qui a vu son audience progresser ces dernières années et qui revendique une ligne éditoriale assumée, souvent qualifiée de « conservatrice » par ses détracteurs.
Le débat sur la régulation des médias relancé. L’incident a ravivé les discussions sur les limites de la liberté d’expression dans les médias audiovisuels. Pour les partisans de l’Arcom, le régulateur remplit son rôle de garant du pluralisme, un principe fondamental du droit français des médias. Pour ses détracteurs, cette mise en demeure illustre une dérive autoritaire, où l’État tente de contrôler le discours des chaînes privées. Le débat, déjà vif, promet de s’intensifier dans les semaines à venir.