L'affaire Robert Boulin connaît un nouveau rebondissement judiciaire. La mort de l'ancien ministre du Travail, survenue en 1979, a été confiée au pôle cold cases du tribunal judiciaire de Nanterre. Trois juges d'instruction ont été désignés pour mener à bien les investigations, selon des informations concordantes.
Cette décision intervient après des années de controverses et de demandes de réouverture de l'enquête. Robert Boulin avait été retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979, alors qu'il était ministre du Travail sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. La thèse officielle du suicide avait rapidement été contestée par sa famille et plusieurs proches, qui évoquent un assassinat maquillé.
Un signal fort pour les parties civiles
La saisine du pôle cold cases, créé en 2022 pour traiter les affaires non élucidées les plus anciennes, constitue un tournant. Pour les proches de l'ancien ministre, cette décision répond à des années de mobilisation. L'avocat de la famille a salué « une avancée importante » dans la recherche de la vérité. Les trois juges désignés devront désormais examiner l'ensemble des éléments du dossier, y compris ceux qui n'avaient pas été exploités lors des précédentes enquêtes.
Des zones d'ombre persistantes
L'affaire Boulin reste marquée par de nombreuses zones d'ombre. L'ancien ministre, pressenti pour occuper le poste de Premier ministre, aurait été victime de pressions politiques et d'intimidations liées à des scandales immobiliers. Plusieurs témoignages et documents ont alimenté la thèse d'un homicide, sans qu'une certitude judiciaire n'ait jamais été établie. Le parquet général de Versailles avait déjà ordonné un supplément d'information en 2020, mais sans aboutir à une réouverture complète de l'enquête.
Un pôle spécialisé pour les affaires complexes
Le pôle cold cases de Nanterre, rattaché au tribunal judiciaire, est spécialisé dans les affaires criminelles non résolues, souvent anciennes. Il dispose de moyens renforcés et d'une expertise particulière pour traiter les dossiers qui ont échappé à la justice pendant des décennies. La désignation de trois juges d'instruction témoigne de l'ampleur des investigations à mener, qui pourraient inclure de nouvelles auditions, des expertises scientifiques ou des confrontations.
Un long combat judiciaire
Depuis la mort de Robert Boulin, sa famille n'a cessé de réclamer la vérité. Plusieurs requêtes en révision ont été déposées, sans succès jusqu'à présent. La décision de confier l'affaire au pôle cold cases ouvre une nouvelle phase, qui pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années, en raison de la complexité du dossier et de l'ancienneté des faits. Les juges devront notamment déterminer si des éléments nouveaux permettent de remettre en cause la thèse du suicide.
En attendant, les parties civiles espèrent que cette saisine permettra enfin de faire la lumière sur les circonstances exactes de la mort de l'ancien ministre. La justice dispose désormais des outils pour mener une enquête approfondie, dans le cadre d'une procédure inédite pour cette affaire vieille de près d'un demi-siècle.