Le Sénat français a adopté le 30 juin dernier un amendement au projet de loi d'urgence agricole autorisant, à titre expérimental, l'usage de l'acétamipride – un insecticide de la famille des néonicotinoïdes interdit depuis 2016 – ainsi que d'un second produit prohibé. Cette décision a suscité une vive réaction des associations de protection de l'environnement, qui dénoncent un retour en arrière dangereux pour les pollinisateurs.

Jeudi 2 juillet, à l'initiative du collectif Action Justice Climat, plusieurs organisations non gouvernementales ont organisé une action de désobéissance civile non violente devant l'hémicycle du Sénat. Les manifestants, rassemblés sur le parvis, entendaient exprimer leur opposition à ce qu'ils considèrent comme une remise en cause des acquis environnementaux français. Des banderoles et des slogans appelaient à la sauvegarde des abeilles et critiquaient l'influence des intérêts agrochimiques sur les décisions parlementaires. Aucun incident n'a été signalé durant le rassemblement.

L'acétamipride, utilisé en agriculture pour lutter contre les pucerons et autres ravageurs, est particulièrement nocif pour les abeilles et les autres insectes pollinisateurs. Son interdiction avait été prononcée par la loi pour la reconquête de la biodiversité de 2016, puis confirmée en 2021 par le Conseil d'État saisi par des associations. La nouvelle expérimentation, défendue par une partie des sénateurs, vise à évaluer si une utilisation encadrée pourrait être compatible avec les contraintes des producteurs de betteraves et de céréales, confrontés à des pertes récurrentes.

Les opposants à la mesure estiment que les données scientifiques établissant la toxicité des néonicotinoïdes sont suffisantes pour justifier leur interdiction totale. Ils rappellent que la Commission européenne a elle-même restreint l'usage de ces substances sur son territoire. Pour les militants, l'expérimentation votée par le Sénat représente une brèche dangereuse, susceptible d'entraîner une généralisation de ces produits malgré les risques avérés pour la biodiversité.

De leur côté, les promoteurs de l'amendement mettent en avant la nécessité de donner aux agriculteurs des outils efficaces face à des pressions parasitaires croissantes, dans un contexte de changement climatique. Ils soulignent que l'expérimentation sera limitée dans le temps et assortie d'un suivi scientifique rigoureux. Le ministre de l'Agriculture ne s'est pas encore prononcé officiellement sur le texte, mais le gouvernement a fait de la souveraineté alimentaire une priorité.

Les ONG présentes lors de la manifestation ont annoncé qu'elles poursuivraient leurs actions de sensibilisation et qu'elles saisiraient les commissions parlementaires lors de l'examen du texte à l'Assemblée nationale. Elles n'excluent pas non plus d'engager de nouvelles procédures judiciaires si le projet de loi était définitivement adopté dans sa version actuelle. Le débat devrait se poursuivre dans les prochaines semaines, avec un examen de la loi d'urgence agricole prévu à l'automne. La France, qui avait été l'un des premiers pays à bannir les néonicotinoïdes, voit sa crédibilité écologique mise en cause par cette décision. Plusieurs experts en santé publique alertent également sur les risques pour les abeilles, essentielles à la pollinisation des cultures. La mobilisation citoyenne pourrait influencer le vote final des députés.