L'incertitude plane sur l'avenir de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA) à quelques jours de sa première évaluation conjointe prévue le 1er juillet. Alors que cet accord, entré en vigueur en 2020 pour une durée de seize ans, doit faire l'objet d'un réexamen, les déclarations du président américain Donald Trump jettent un doute sur sa pérennité. En particulier, l'industrie automobile, fortement intégrée à l'échelle nord-américaine, craint les répercussions d'un bouleversement des règles commerciales.

Le spectre de l'incertitude

Plusieurs observateurs estiment que la probabilité d'une reconduction simple de l'USMCA est désormais faible. Le président Trump a lui-même évoqué la possibilité de ne pas renouveler l'entente. « Je ne sais pas si je vais la renouveler », a-t-il déclaré, tout en laissant la porte ouverte à des discussions avec le Canada et le Mexique. Il a également confié à des journalistes son souhait que cet accord « n'existe pas ». Ces propos suggèrent une position bien plus sceptique que lors de la négociation initiale de l'accord, qui avait remplacé l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Si les trois parties ne parviennent pas à s'entendre sur une prolongation de seize ans, le mécanisme de l'accord enclencherait des révisions annuelles obligatoires jusqu'en 2036. Ce scénario, perçu comme le plus probable par certains analystes, maintiendrait une incertitude chronique préjudiciable à la planification des entreprises. « Nous risquons d'avoir des révisions annuelles obligatoires, mais cela signifie aussi que l'incertitude persiste, et c'est négatif pour la prise de décision des entreprises », a expliqué Tony Stillo, directeur de la division Économie canadienne chez Oxford Economics. Selon lui, cette situation constitue « un frein certain » pour l'investissement. Vina Nadjibulla, vice-présidente et directrice de la recherche à la Fondation Asie-Pacifique du Canada, partage cette analyse : « Le scénario le plus probable est que l'on entre dans un processus de renouvellement annuel. »

Des négociations aux enjeux majeurs

Les dynamiques des négociations à venir demeurent obscures. Une question centrale reste en suspens, selon Mme Nadjibulla : « Est-ce que rien n'est acquis tant que tout n'est pas accepté, ou des changements progressifs sont-ils envisageables ? » Dans le pire des cas, une partie pourrait notifier son retrait avec un préavis de six mois, mettant fin à l'accord de façon définitive.

Le Canada et le Mexique ont tous deux exprimé leur souhait de maintenir l'USMCA en l'état. Mais l'attitude de l'administration américaine, couplée à la menace de nouveaux droits de douane, crée un climat d'instabilité. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les constructeurs automobiles, dont les chaînes d'approvisionnement traversent les trois frontières. Les règles d'origine complexes de l'USMCA, déjà exigeantes, pourraient être durcies ou abandonnées.

Secteur agricole et autres préoccupations

Par ailleurs, le monde agricole américain est également en première ligne. Les producteurs estiment avoir un besoin accru de l'USMCA, qui garantit un accès privilégié aux marchés mexicain et canadien. Une remise en cause de l'accord viendrait fragiliser des filières déjà confrontées à des difficultés.

Dans le même temps, le débat sur la politique commerciale américaine s'intensifie. L'économiste Paul Krugman a notamment plaidé pour le maintien de droits de douane sur les véhicules chinois, estimant que cette mesure est nécessaire face aux distorsions de marché causées par les subventions massives de Pékin. Cette position pourrait influencer les discussions au sein de l'administration autour des échanges avec d'autres partenaires.

Les incertitudes pèsent sur l'investissement

L'incapacité à sécuriser un cadre commercial stable à long terme décourage les investissements transfrontaliers. Les entreprises, en particulier dans le secteur automobile, hésitent à engager des capitaux dans des capacités de production ou des chaînes logistiques si les conditions d'accès aux marchés peuvent être modifiées chaque année. Les analystes préviennent que cette situation pourrait également affecter la stratégie de la région face à la concurrence chinoise, qui cherche à accroître sa présence sur le marché nord-américain.

L'issue de la revue du 1er juillet est donc attendue avec une anxiété croissante par les milieux d'affaires. Si aucune décision claire n'est prise, la perspective d'un réexamen annuel maintiendra une épée de Damoclès au-dessus des échanges nord-américains, avec des conséquences potentiellement lourdes pour l'emploi, l'investissement et la compétitivité de la région.