Plusieurs travaux récents battent en brèche l'idée répandue selon laquelle l'intelligence artificielle serait un facteur majeur du chômage croissant chez les jeunes diplômés. Deux études, dont l'une réalisée par la Réserve fédérale des États-Unis (Fed), aboutissent à la même conclusion : l'automatisation liée à l'IA n'a pas de corrélation significative avec la hausse du taux de chômage des jeunes.

Les chercheurs ont examiné les données d'emploi dans différents secteurs et régions. Leurs résultats montrent que les entreprises adoptant massivement l'IA n'enregistrent pas davantage de suppressions de postes destinés aux jeunes que les autres. Au contraire, certains domaines où l'IA est déployée connaissent même des créations d'emplois pour les profils juniors.

Le télétravail pointé du doigt

En revanche, les deux études mettent en avant un autre facteur : le télétravail. Selon elles, le travail à distance pourrait désavantager les jeunes entrants sur le marché du travail. Privés des interactions informelles et du mentorat spontané qui se produisent dans un bureau physique, les juniors auraient plus de mal à acquérir les compétences nécessaires et à se faire connaître de leurs supérieurs.

Ce constat vient nuancer les craintes exprimées par certains observateurs et syndicats, qui voyaient dans l'essor de l'IA une menace directe pour l'emploi des jeunes. Les auteurs des études appellent à ne pas diaboliser la technologie, mais à mieux encadrer les pratiques de télétravail pour favoriser l'intégration des nouveaux arrivants.

Des implications pour les politiques publiques

Ces conclusions pourraient influencer les décisions en matière de formation et d'organisation du travail. Plutôt que de freiner l'innovation, les pouvoirs publics gagneraient à réfléchir à des mesures compensant les effets du télétravail sur les jeunes : programmes de mentorat renforcés, stages en présentiel obligatoires, ou aménagement des horaires.

Les résultats des études ont été présentés récemment dans des publications académiques et devraient nourrir les débats lors des prochains forums sur l'avenir du travail. Ils rappellent que les causes du chômage des jeunes diplômés sont multiples et que l'intelligence artificielle ne saurait être tenue pour unique responsable.